Sénateur Charles Mendy « Les imams de Guédiawaye font tout pour mettre le feu partout »



Responsable du Parti démocratique sénégalais à Guédiawaye, le sénateur Charles Mendy est connu pour son franc-parler. Malgré la débâcle subie par la coalition Sopi lors des dernières élections locales, il demeure confiant quant à l’avenir du parti dans le département. Mais, tient-il à préciser, le rayonnement du Pds à Guédiawaye ne peut passer que par les responsables libéraux, unis derrière les idéaux enseignés par Me Wade. Sur ces questions ainsi que sur d’autres, relatives à l’actualité, le sénateur Mendy donne son point de vue, dans cet entretien.



Sénateur Charles Mendy  « Les imams de Guédiawaye  font tout pour mettre le feu partout »

Qu’est ce qui se cache derrière le nom du sénateur Charles Mendy ?

Ce qui se cache derrière le sénateur Charles Mendy, c’est d’abord un jeune sénégalais qui a fait 12 ans en Europe, en particulier l’Italie, qui est revenu dans son pays depuis 1995 et qui tente de contribuer au développement de son pays, par l’éducation. Donc, je suis arrivé en 1995 et j’ai créé des écoles privées. Pourquoi des écoles ? Parce que je pense que le développement passe d’abord par la formation et l’instruction de nos enfants. Là, je me suis basé en banlieue pour assumer le volet social. Je veux que le social domine dans ce que je fais et j’ai choisi une zone à forte connotation de personnes démunies. J’ai donc installé mes écoles à Yeumbeul, Malika et Guédiawaye. C’est dans ce cadre que j’évolue. Mais avant tout, j’étais militant du Parti démocratique sénégalais depuis l’Italie, durant les années 90. On était tout jeune et on ne songeait pas revenir au pays, persuadés qu’on allait finir nos vies là-bas. Mais, il fallait qu’on essaie de participer au développement du pays. Parce que nous avions aimé les idées du président, nous croyions à son projet de société. Et, bien qu’on ait réussi notre insertion et notre intégration en Italie, nous avons décidé que nous n’allions pas abandonner notre propre pays ; d’autant que nous sommes en phase avec les idéaux de Me Wade. Masse Thiam était avec moi, on était même arrivés à avoir des responsabilités : lui était le président et moi, j’étais le secrétaire général des Sénégalais d’Italie. Alors, une fois rentré au pays, je me suis lancé dans l’enseignement, parce que j’y crois. Je pense qu’il faut qu’on développe le pays en passant par ce secteur.

Quand vous étiez dans l’opposition avec le Pds, qu’est ce qui vous a le plus marqué en tant que militant d’un parti démuni, face à la toute puissance du Parti socialiste ?

A mon niveau, cet épisode je ne l’ai pas vécu comme les militants qui sont restés au Sénégal, parce que je n’étais pas au Sénégal. On était en Europe, mais on n’appréciait pas du tout ce qui se faisait par le Parti socialiste au pouvoir. On suivait les dérives du Parti socialiste qui nous a même poussés à quitter notre pays. A l’époque, il n’y avait pas d’avenir pour les jeunes et c’est pourquoi les gens sont partis. Et dans la mesure où la seule alternative était les idées que proposait Me Abdoulaye Wade, il fallait qu’on s’engage dans ce cadre-là. D’autre part, en Italie, nous étions confrontés à des situations telles que quand nous devions renouveler nos passeports et que les gens savaient qu’on était de l’opposition, particulièrement du Pds, il y avait des problèmes. Nous avions vécu cela aussi. Mais des gens qui, comme moi, avaient la possibilité d’avoir d’autres passeports en plus du passeport sénégalais, ne rencontraient pas ce problème-là. On se battait, on défendait les idées de Me Wade, en sachant que nous étions quand même devant un ogre pouvant nous engloutir à tout moment. Mais, cela ne nous faisait pas peur. Il faut dire que s’agissant de nos compatriotes qui sont restés sur place, qui ont vécu des évènements douloureux, je leur tire le chapeau. Je dis que ces gens-là ont beaucoup de mérite. Ils ont bravé les difficultés, les réprimandes, les chantages du Parti socialiste, mais cela ne les a pas empêché de continuer le combat militant. Voilà pourquoi, d’ailleurs, quand je vois certains anciens militants changer de camp, cela me pose problème. Parce que j’aimerais que cette famille libérale soit toujours soudée, car on a traversé des moments très difficiles.

Parlons un peu des responsables libéraux dans le département de Guédiawaye. On a l’impression qu’il n’y a pas de dynamique de groupe en leur sein. Quel est le problème ?

A Guédiawaye, comme vous le constatez, on a un petit problème. Nous sommes des responsables libéraux. Nous gérons le parti, nous gérons les militants. Mais, je dois dire que même si nous sommes servis, ce n’est pas comme il se devait. Pour être responsable politique à Guédiawaye, ce n’est pas facile. Nous sommes en banlieue, où les gens pensent qu’effectivement étant sénateur ou député, nous avons la possibilité de voir le Président de la République à tout moment et de régler tous les problèmes. C’est vrai que nous représentons le président de la République ici, ce que nous assumons et acceptons pleinement. Mais, nous avons beaucoup de difficultés - liées à nos faibles moyens - pour assister les populations. Avec nos salaires de députés et de sénateurs, nous faisons le maximum, mais cela ne suffit pas. Le parti doit quand même encadrer les responsables que nous sommes, afin que nous puissions convenablement assister les militants. Ne nous trompons pas : la politique, c’est avant tout l’assistance des militants. Nous sommes dans une zone démunie, il faut qu’on assiste les militants.

Mais, là je vous prends au mot ; parce que le Président Wade a dit, au lendemain des élections locales, qu’il avait investi beaucoup d‘argent dans la banlieue et qu’il constate que les populations n’ont pas voté pour la coalition Sopi. Où est le problème, alors ?

C’est vrai qu’il y a eu beaucoup d’argent dans la banlieue. Et c’est là où nous souhaitons que le président nous édifie sur ceux entre les mains de qui l’argent est passé. Il a parfaitement raison de dire qu’il a beaucoup investi dans la banlieue. Là où je voudrais être très pratique avec vous, c’est en disant que si nous voulons régler les problèmes, il faudrait qu’entres militants libéraux, on se parle franchement. Il y a des gens qui voient le président à tout bout de champ et à qui on remet les moyens, que nous ne voyons pas. Dès lors que les moyens n’arrivent pas à tous les responsables, cela crée des frustrés. C’est un ou deux responsables qui reçoivent les moyens et les autres n’en savent rien du tout.

Doit-on comprendre que c’est à partir de ce genre de frustrations que les communes comme Guédiawaye ont, en majorité, perdu les élections locales ?

Evidemment, nous n’avions pas les moyens de notre politique en tant que responsables. Soit dit en passant, je suis le seul responsable du département qui tient des réunions politiques tous les jeudis, avec mes militants. Les militants me disent quelques fois : « toi, tu nous assistes souvent, qu’est ce que le parti te donne ? ». Le parti nous a amenés à une situation de pauvreté. Pour être franc, si le parti veut régler les problèmes des militants de la banlieue, nous avons des noms et des numéros de téléphone. On n’a pas besoin d’avoir un répondant.

Guédiawaye a été perdue lors des locales. Est-ce que cette situation est réversible ?

Cette situation effectivement est réversible, mais cela demande beaucoup de travail. Si l’on veut gagner à nouveau Guédiawaye, il faudrait qu’on change de comportement. Il faudrait d’abord que ceux qui reçoivent les moyens soient moins arrogants vis-à-vis des responsables que nous sommes et qu’ils soient également moins arrogants vis-à-vis des militants. Ils leur montrent simplement qu’ils sont devenus riches. Ces nouveaux riches-là ne peuvent pas faire gagner au parti des élections. Car, à un moment donné, ils dérangent tout le monde, y compris leurs propres frères de parti. Cette situation est bel et bien réversible. Mais, il faudrait qu’un travail soit fait sur les responsables libéraux eux-mêmes.
En réalité, puisque Guédiawaye est perdue, on va voir certaines personnes essayer de convaincre n’importe quel membre de « Benno », pour ensuite l’amener chez le président de la République, alors qu’il ne représente au plan électoral absolument rien. Faut-il rappeler que « Benno » n’a pas gagné les élections ? C’est le Pds qui a battu le Pds. « Benno n’ayant pas gagné les élections, on n’a pas besoin de prendre des gens de « Benno » pour les amener voir le Président Wade.

Si l’on vous comprend bien, il n’y a pas de doute que le Pds est majoritaire à Guédiawaye ?

Le Pds est majoritaire, non seulement à Guédiawaye, mais sur le plan national. Il reste que c’est la gestion des responsables qui flanche un peu. Tout le problème est là : « Benno » n’a rien gagné, c’est nous qui sommes mal organisés. Le président Wade est toujours majoritaire. Il est toujours dans le cœur des Sénégalais. Pour comprendre cela, il n’y a qu’à voir ses différentes réalisations. Il n’y a pas une zone, au Sénégal, où l’on ne trouve pas les réalisations du Président Wade. Comment voulez-vous que cet homme-là soit minoritaire ? Ce n’est pas possible.

Guèdiawaye était, la semaine dernière, sous les feux de la rampe. Certaines personnes ont organisé une manifestation de rue, pour dénoncer leur recasement envisagé par le gouvernement sur des sites non inondables. Quelle lecture faites-vous de leur mouvement d’humeur ?

Vous savez, il y a plusieurs lectures qu’il faut faire. Quand les gens disent les militants libéraux sont descendus dans la rue, je dis non. Parce qu’un militant libéral, il se plaint comme moi, il peut ne pas être content, il ne casse pas. Ce sont des gens qui infiltrent le parti, ou alors qui se targuent d’être des libéraux, qui font des dégâts. Je pense que s’il y a des problèmes à Guédiawaye, ou ailleurs dans le pays, il faut reconnaître qu’il n’est pas spécifique au Sénégal. Aujourd’hui, il y a des problèmes dans tous les pays du monde. Les inondations sont observées partout dans le monde. S’il y a des problèmes, qu’on les règle ; mais, qu’on ne fasse pas la casse. Ce qui se passe au Sénégal, c’est que quand une chose ne marche pas, on fait la casse ; ainsi, ce sera un éternel recommencement. Et quand est ce qu’on va finir de bâtir ce pays ?

Il y a des gens qui disent qu’ils ne vont pas quitter les bas-fonds, malgré les risques d’inondation. Je me demande « on est où, là ? ». Vous occupez le chemin de l’eau, on vous propose une solution alternative et vous faites de la violence. Mais, qu’on en discute. Rappelez-vous l’histoire de Guédiawaye, quand les gens partaient de Colobane pour Guédiawaye, d’aucuns avaient refusé. Et voilà qu’aujourd’hui, tout le monde veut habiter à Guédiawaye. Avec tout ce que M%e Wade est en train de faire comme efforts, on aurait dû quand même avoir de la reconnaissance, au lieu de suivre ces politiciens qui les montent à tout bout de champs. A les écouter, c’est comme si le Sénégal était à feu et à sang. C’est grave.

Vous êtes en train de dire que ce sont des politiciens qui sont derrière les manifestants de Guèdiawaye ?

Evidemment, ça se voit tout de suite. Ce n’est pas possible que ces gens-là fassent ce qu’ils sont en train de faire. La preuve, quand vous faites une petite enquête, vous les entendez dire : « j’avais voté pour Benno ; ou alors, je vais désormais voter pour Benno ». Il faut qu’ils arrêtent ce chantage. Quand il y a des problèmes, qu’on les pose, mais qu’on ne casse pas.

Face au mouvement d’humeur de certaines populations y a-t-il des concertations entre vous, responsables libéraux du département, pour trouver une solution ?

C’est là une très bonne question, qui me permet de vous dire que face aux problèmes, il n’y a malheureusement aucune concertation entre nous, responsables libéraux du département. Chacun se croit capable de tout faire tout seul. Le problème est que chacun est prompt à vouloir détruire l’autre, alors qu’on est des frères et sœurs. Il faut qu’il y ait cette volonté d’être ensemble, comme Me Wade nous l’a toujours enseigné. Ce manque de concertation fait qu’on aura du mal à résoudre, en tant qu’élus locaux, les problèmes des populations.

Pouvez-vous nous confirmer que depuis que ce problème a éclaté, il n’y a aucune réunion de la fédération de Guédiawaye, ne serait-ce que pour analyser ce problème ?

Il n’y a eu rien du tout. Aucune réunion des responsables libéraux du département. Aucune réunion d’instance.

Toujours par rapport à l’actualité, on les entend souvent s’agiter, les imams de Guédiawaye. Selon vous, qu’est ce qui se cache derrière cette agitation ?

Moi, je pense que l’agitation des imams devrait quelque part nous inquiéter et, d’autre part, nous permettre de réfléchir, pour voir si réellement nous avons des hommes de Dieu ou des gens manipulés par des politiques. Je pense que ce sont des gens qui font le tour pour mettre le feu partout. Je ne peux pas concevoir qu’on me dise que tel imam est ceci ou cela et que le lendemain, qu’on me dise qu’il est conseiller du président du Conseil régional. Alors là, je me dis qu’il y a quelque chose de pas clair. Ou il est imam et il est là pour le social, pour la religion, il veut défendre le pays, on accepte cela et on l’écoute en tant que chef religieux ; ou alors, s’il est partisan, qu’il le dise carrément. Donc ces imams : ou bien ils restent comme tel et ils font de bonnes prêches, ou bien ils plongent carrément dans l’arène politique. Rien n’empêche les imams, s’ils sont de bonne foi, d’aller voir le président de la République pour lui parler, c’est quelqu’un de très ouvert au dialogue pour le développement du pays. Ce qu’ils font n’est pas conforme à leur personnalité. Ils ne doivent pas accepter qu’on les mène à la danse. Pour l’instant - Dieu nous en garde - on n’a pas encore vu les prêtres là dedans. Je n’aimerais pas que les prêtres y entrent. J’aimerais qu’ils restent les conseillers qu’ils sont et qu’ils donnent des conseils. Tout cela dénote que l’Etat a suffisamment laissé faire. Il faut qu’il sévisse. Trop, c’est trop.

Autre fait marquant de l’actualité, c’et le vote de la loi sur la parité. Je crois que c’est une première dans le monde. Quelle lecture en avez-vous faite ?

Cela aussi, montre la grandeur du président. Vous savez, on vient de sortir de la session du parlement francophone ; tout le monde y a apprécié la loi sur la parité. Je reconnais que le Président a fait voter cette loi pour l’humanité toute entière. Aujourd’hui, dans tous les pays, les gens parlent de la parité. Vous avez vu que, même au niveau de la France, avec Aubry, ils ont tout simplement copié ce que nous avons dit. C’est une loi formidable. Il ne faut pas que les gens en fassent une mauvaise interprétation.

Lors du dernier sommet du G8 tenu au Canada, le Premier ministre canadien a souhaité s’inspirer de l’exemple sénégalais de la Goana et de l’initiative du Badianou Gokh. Quelle lecture en faites-vous ?
Si le président Wade était venu au pouvoir un peu plus tôt, nul doute qu’il nous aurait amenés très loin en matière de développement. C’est peut être prétentieux de le dire, mais c’est la vérité. Tout le monde veut aujourd’hui entendre le point de vue du Président Wade, sur des questions essentielles de développement. La Goana est aujourd’hui devenu un concept mondial et tout le monde veut s’en inspirer. Et cela, c’est le fort du Sénégal depuis 10 ans, il y a tellement d’idées qui sont agitées. Il a ouvert tellement de brèches, que nous ne devons pas écourter son mandat. Car, cela reviendrait à aller à l’aventure.

Parlons de « Benno » qui est à la recherche d’un candidat. Etes-vous d’avis que cette coalition trouvera un candidat qui fera face à Me Wade, en 2012 ?

Moi, je les appelle « Benno seuggeul Sénégal ou seugeul sa bop », car ils ne font rien pour le Sénégal. A la limite, ils travaillent chacun pour soi. Ils vont finir par se tirer dessus. C’est vraiment- dommage, quand tu regardes la composition de « Benno », tu te dis : après 40 ans de pouvoir, qu’est ce que Tanor, Bathily ou Moustapha Niasse peut bien présenter au Sénégal comme changement ? Des gens aigris, des gens aussi méchants, ne peuvent pas gérer ce pays. Ils ne tomberont jamais d’accord pour avoir un seul candidat. Et ils acceptent un certain Macky Sall, qui se dit du « Benno ». Ce que je ne peux pas accepter d’ailleurs, c’est cet homme qui était avec nous, hier ; et qui, brusquement, dit qu’il n’est pas comptable de ce que nous avons fait. Qu’il commence par nous expliquer comment il a fait pour arriver là. Il faudrait que Macky Sall soit assez courageux pour nous dire un jour quel a été son parcours pour arriver à ce stade et devenir « Benno ». Même si par extraordinaire « Benno présentait un candidat unique, regardez le profil qu’ils vont sortir par rapport au notre. On ne va pas comparer un Tanor, Bathily ou un Niasse à Me Abdoulaye Wade. Il n’est pas possible que ces gens-là nous empêchent de dormir.

Est-ce que vous les sentez au niveau du département de Guédiawaye, les gens de « Benno » ?
Ils n’existent même pas. Il y a quelques jours on m’a dit que Macky a fait un tabac à Guédiawaye, J’ai demandé : « mais il était où ? ». Je n’étais pas en voyage. J’étais ici à Guédiawaye. Vous savez, ces gens, ils organisent un rassemblement avec deux pelés et trois tondus et beaucoup de badauds, pour faire un communiqué et dire : « nous avons fait un grand meeting à Guédiawaye. C’est trop facile à mon avis.

L’échéance de 2012 est presque arrivée et les responsables libéraux de Guédiawaye peinent à parler le même langage. Est-ce que cela ne sonne pas faux pour la réélection de Me Wade en 2012 ?
Pour gagner des élections, il faut que les gens travaillent dans le cadre réglementaire du parti. Les mouvements de soutien ne nous mèneront nulle part. Pour que cela marche à Guédiawaye, il faut que les responsables se parlent. En plus, il ne faut plus qu’il y ait des gens qui fassent du « Yokhossou », pour aller à la présidence prendre des enveloppes au nom de Guédiawaye et se servir. Les véritables faux militants de « Benno » qui nous méprisent et qui vont négocier à la présidence, ne pèsent pas lourd dans l’électorat de Guédiawaye.

Moustapha SYLLA

Lundi 12 Juillet 2010
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