Rokia Traoré, l'égérie de la nouvelle musique malienne


Rokia Traoré, née le 24 janvier 1974 dans la région du Bélédougou, au Mali, est une chanteuse, auteur-compositeur-interprète et guitariste malienne. Cette grande artiste atypique sera à Dakar, dans le cadre de la célébration des cinquante années de l'Institut Français Léopold Sédar Senghor. Elle sera sur la scène de vérité du théâtre de verdure Gilles Obringer, les vendredi 4 et samedi 5 décembre 2009. En prélude à cette grande manifestation, Le Messager revient sur le fabuleux destin de cette fille de diplomate, devenue chanteuse.



Rokia Traoré, l'égérie de la nouvelle musique malienne

Une chanteuse ouverte sur son époque

Rokia Traoré est Bambara. Elle se distingue par son style artistique mêlant tradition malienne (musique mandingue) et modernisme occidental. Comme son père était diplomate, elle a beaucoup voyagé dans sa jeunesse : Algérie, Arabie saoudite, France et Belgique. Elle s'entoure d'une équipe formée à l'école de la tradition. Ses musiciens utilisent surtout les instruments traditionnels : balafon, 'n'goni, karignan, guitare, djembé, yabara ; mais sa voix reste libre de s'éloigner des canons esthétiques établis. Rokia Traoré adapte sa musique à son temps et à ses préoccupations, sans a priori ni contrainte extérieures. Très influencée par Billie Holiday, Rokia participera aux États-Unis en 2005, au spectacle « Billie & Me » consacré à la vie de la chanteuse légendaire. Rokia Traoré vit dans le nord de la France, à Amiens. En 2009, elle remporte une Victoire de la musique dans la catégorie « musiques du monde » pour son album Tchamantché1. Entre tradition et modernité, Rokia Traoré trace un chemin particulier dans la création africaine et malienne, en particulier. Si elle ne renie pas du tout ses origines, elle adapte sa musique à son temps et à ses préoccupations, sans a priori ni contrainte. Elle mène sa barque avec maestria et talent, parcourant le monde inlassablement pour présenter sa musique... Rokia Traoré est née en 1974 dans la région de Bélidougou, au Mali, près de la frontière mauritanienne. Mais son enfance se déroule au fil des affectations de son père diplomate. Rokia évolue donc dans un milieu très protégé, qui mêle tradition et modernité, en particulier au niveau musical. Son père pratique le saxophone et ses sœurs pratiquent le chant traditionnel, dans les cérémonies familiales. Quant à la jeune Rokia, elle écoute du jazz (comme son frère), du blues (comme son père) et tout ce qu'un adolescent du monde occidental écoute dans les années 70 et 80. N'étant pas issue d'une famille de griots, la modernité musicale n'est nullement un tabou dans sa famille.

La tradition, une intarissable source d'inspiration

Cependant, Rokia ne se détourne en aucun cas de l'environnement musical de son pays d'origine. La tradition des griots et des grandes voix maliennes n'a pas de secret pour elle. Dotée d'une voix exceptionnelle, Rokia travaille avec un ami de son père, le vieux maître Massamou Wéllé, qui aide la jeune femme à forger sa voix. A l'âge adulte et après de multiples allers et retours avec son pays, Rokia s'installe sur sa terre natale. Elle ne tarde pas à écrire elle-même quelques chansons dont les influences occidentales, mêlées aux sonorités traditionnelles, séduisent tout un public de gens de sa génération et d'étudiants.

Lorsqu'elle a 20 ans, Rokia est donc déjà une artiste connue dans son pays. Le musicien Ali Farka Touré, star dans son pays, repère Rokia. Il peaufine son apprentissage de la guitare et l'encourage à composer.

En 1995, le titre "Finini" remporte un fort succès. Rokia fait de nombreux concerts. C'est une jeune femme brillante, qui préfère étudier la musique dans son pays plutôt que de s'inscrire dans une grande école en Europe. C'est ainsi qu'après quelques temps dans une école en Belgique, elle rentre au Mali pour faire de la chanson son métier. Elle suit des cours à Bamako et travaille avec le musicien Souleymane Kolly. Invitée au MASA (Marché des Arts et des Spectacles en Afrique), elle préfère refuser et continuer à travailler.

Le Prix Découvertes RFI ou le déclic

Le déclic se situe en 1997, quand Rokia concourt pour le prix Découverte Afrique, de Radio France Internationale. Avec sa guitare sèche et accompagnée de quelques instruments traditionnels, elle présente un titre sur les enfants, "Mouneïssa". Présidé par Papa Wemba, le jury est immédiatement séduit par cette voix haute et cette personnalité musicale exceptionnelle. Elle remporte donc le prix face à des artistes plus connus et plus expérimentés.

A partir de ce jour, sa notoriété dépasse les frontières du Mali. Après deux grands concerts coup sur coup à Bamako, en décembre 97 - les deux parrainés par Oumou Sangaré et Habib Koïté - Rokia s'envole en Europe pour y enregistrer son album. Mis en boîte à Amiens dans le nord de la France, "Mouneïssa" sort donc fin mars 98. Entièrement signé par la jeune femme, les neuf titres de l'album sont écrits et chantés en bambara. Son talent musical vaut largement ses dons d'auteur. Ses textes sont de longs poèmes tendres et philosophiques, fortement teintés de blues.

En mai, c'est à Bruxelles que Rokia démarre une tournée européenne qui la mène en Suisse, en Allemagne, puis à Paris le 25 mai. Mais elle est également invitée de nombreux festivals, dont les Musiques Métisses d'Angoulême (fin mai) ou les Francofolies de la Rochelle (en juillet).

Une rapide reconnaissance internationale

Depuis son premier album, Rokia ne cesse de tourner. Elle est invitée du Midem 99 (Marché International du Disque) à Cannes, pour un concert aux côtés de Sally Nyolo et de Kadja Nin.

En 2000, la chanteuse sort un deuxième album, "Wanita", qui remporte un vif succès. De nombreux médias, en France (Le Monde), aux Etats-Unis (Billboard, New York Times) ou en Angleterre (Folk Roots) le qualifient de meilleur album du moment, voire de l'année. Tout naturellement, elle reprend la route. En juillet 2001, elle donne une tournée européenne (Italie, Suisse, France, Espagne) ; puis américaine, au mois d'août.

La jeune femme revient avec un nouvel album intitulé "Bowmboï" en septembre 2003. Enregistré en grande partie au Mali, il oscille entre sonorités africaines et ambiance folk. La voix de Rokia se pose avec justesse et finesse sur des titres aussi différents que "M'Bifo" qui ouvre l'album, un titre écrit pour l'anniversaire de son mari, ou "Mariama" en duo avec le chanteur Ousmane Sacko. Autre invité sur cet album, le prestigieux Kronos Quartet, qui ouvre l'univers de l'artiste vers la musique classique contemporaine.

Se distinguant un peu plus de ses condisciples, Rokia Traoré arbore sur la pochette du disque une coupe de cheveux (crâne rasé), qui peut dérouter certaines personnes attachées à la tradition. Rokia démontre une fois de plus sa modernité et son indépendance d'esprit.

Elle se produit à Paris les 17 et 18 octobre 2003, avant d'entamer une grande tournée internationale.

Le succès de Rokia ne se limite plus seulement aux pays francophones. En décembre, "Bowmboï" est élu meilleur album de l'année, dans la catégorie "World Music" par le média britannique BBC Radio 3.

En 2004, elle participe aux grands festivals français, notamment celui des Vieilles Charrues, puis effectue outre Atlantique une longue tournée qui passe par la Jamaïque, le Canada et les Etats-Unis, pour accompagner la distribution internationale de son disque. En octobre sort le DVD "Live", enregistré quelques mois plus tôt lors des concerts donnés dans la salle parisienne de La Cigale. A cette occasion, elle avait invité l'Anglo-Nigerian Keziah Jones.

Au cours du premier trimestre 2005, elle se produit près de 50 fois, essentiellement en France. Cette forte présence permet à "Bowmboï" de dépasser les 100.000 exemplaires vendus et d'être certifié Disque d'or.

En octobre et en novembre, Rokia retourne aux Etats-Unis pour participer à une tournée en hommage à Billie Holliday, en compagnie des chanteuses américaines Fontella Bass, Joan Osborne, Dianne Reeves et Nancy Wilson.

Après cette tournée, qui se termine en 2005, Rokia multiplie les allers-retours entre Amiens et Bamako, puis décide de s'accorder une pause. Pendant ce temps, elle s'occupe de son fils et réalise la musique d'un spectacle, "2147, l'Afrique" (de Jean-Claude Gallotta et Moïse Touré), créé le 19 septembre 2006 à Bamako. Elle profite de ce repos pour réfléchir et préparer son prochain album.

"Tchamanché" et la victoire de la musique

De peur de décevoir, après l'énorme succès "Bowmboi" (Disque d'or), Rokia prend du temps et du recul pour enregistrer. Elle s'installe donc dans le Sud de la France, près de Bordeaux et investit le studio La Fabrique, pendant plusieurs mois. Elle y fait venir d'Angleterre, un producteur et des dizaines de guitares et amplis Vintage.

Encore une fois, Rokia Traoré signe ses chansons, à l'exception d'une reprise de Billie Holiday "The man I love" qu'elle chante en anglais. Cette reprise met en exergue toute l'étendue du talent de Rokia, commençant la chanson en blues, puis évoluant progressivement vers du scat africain. Dans ce nouvel album, "Tchamanché", sorti le 19 mai 2008, Rokia Traoré innove et surprend une fois encore en utilisant le son patiné des guitares Gretsch, fréquemment utilisées pour le rhythm'n'blues.

Le style de cet album est plus moderne, avec des touches de blues et de rock. Mais Rokia reste profondément attachée à sa culture musicale, et n'abandonne ni les paroles en bambara ni le n'goni présent dans ses précédents albums. Pour se rapprocher encore un peu plus du Mali, elle décide que la sortie de son album se fera à Bamako, le 16 mai. Elle donne, pour l'occasion, un concert organisé par le CCF au Studio Blonba. L'enfance est certainement le thème dont Rokia parle le plus. Un sujet qui la touche tout particulièrement. «Je veux chanter cette période déterminante dans la vie des êtres humains. Il n'y a pas dans la réalité de droit universel de l'enfant, pas de points de départ égaux pour toute vie humaine».

Également, la chanteuse aborde souvent la position de la femme dans la société moderne : «Je jouis de libertés dont nos mères étaient privées, reconnaît Rokia. Mais les femmes doivent se montrer fortes pour défendre leurs droits. Il faut du courage. Alors, nombre de mes chansons rendent hommage à des femmes de caractère».

Pour beaucoup, Rokia est ainsi devenue une figure de référence. Cependant, son franc-parler n'est pas toujours bien perçu. «Ce que je dis, c'est : levez-vous et vous serez libres. Et ça ne plaît pas à tout le monde. Je suis peut-être un personnage public, mais je n'ai pas à l'être selon une image convenue. On veut que les vedettes s'éclaircissent la peau, se maquillent à outrance et roulent dans de grosses voitures. On n'obtiendra pas ça de moi».



Ce que l'on obtient, par contre, c'est une musique parmi les plus profondes qu'il nous soit donné d'entendre aujourd'hui. Que demander de plus ?

ROKIA TRAORE a remporté la victoire de la musique pour ''Tchamantché'' dans la catégorie album des musiques du monde, aux victoires de la musique 2009 !

« C'est lors de fêtes de mariages et de baptêmes, où j'allais avec ma mère, que j'ai découvert un instrument comme le gros balafon, les chants et les orchestrations de chez moi. Le fait de travailler avec des instruments acoustiques traditionnels correspondait à ce besoin de renouer avec mes racines. Cette démarche a duré une dizaine d'années, le temps de trois albums, et cela m'a fait beaucoup de bien. Aujourd'hui, le fait de me savoir enfin à ma place me donne la liberté d'explorer d'autres univers musicaux », a-t-elle l'habitude d'affirmer avec force. Ce qui justifie son ancrage dans la tradition, mais aussi son indépendance et son ouverture d'esprit.

M. F. LO (source RFI)


Samedi 14 Novembre 2009
© lemessagersn. info


Politique | Économie | Socièté | Actualité | Faits divers | Sport | Culture | Contributions | Entretien | Education | Santé | La page Une du journal | Afrique | Editorial | Sciences et Technologies | International | Annonce & Communiqué



S'identifier

Inscription à la newsletter