L’expression « Mouvement citoyen », alimente toutes les indignations des patriotes depuis que le dictionnaire politique sénégalais s’est enrichi de ce néologisme impropre à l’usage, vu le cadre démocratique d’exercice de la pratique politique au Sénégal.
C’est en effet triste de constater, que des opportunistes de vocation, qui ont eu à bénéficier des faveurs du régime, exploitent la fibre nationaliste des Sénégalais et adoptent des postures victimaires en se faisant passer pour des martyrs. Convaincus pourtant que rien de méchant ne leur arrivera parce que tout simplement le Sénégal est une terre de démocratie qui ne compte dans ses geôles ni homme politique, ni journaliste.
En effet, sous nos cieux, toutes les libertés sont consacrées depuis l’avènement de l’Alternance en 2 000. Il n’est que d’étudier les profils des différents animateurs de ces mouvements dits citoyens et leur proximité récente avec le pouvoir, pour se convaincre de la supercherie qui préside à leur démarche. L’idéologue du groupe Cheikh Tidiane Gadio est une création de l’Alternance. Par la volonté du président de la République, il a bénéficié de la plus importante longévité ministérielle, à la tête des Affaires étrangères, avant de vouloir, piqué par l’ivresse du pouvoir, maladroitement mordre la main qui l’a nourri. L’ancien chef de la diplomatie sénégalaise, encore nostalgique de son séjour américain ante-alternance, croit pouvoir incarner le destin de Barack Obama au Sénégal, oubliant, à l’opposé du philosophe Hegel, que l’Histoire choisit les hommes dont elle a besoin.
Ainsi que le confirme le général De Gaule : «c’est l’Histoire qui fait les grands hommes et non les grands hommes qui font l’Histoire ». Comparaison n’est pas raison. Gadio doit savoir que l’expérience béninoise ne saurait se transposer au Sénégal. Quant on sait que le président Yayi Boni doit son élection à l’inefficacité d’une opposition divisée et affaiblie par le long règne
(malgré un bref intermède) du président Mathieu Kérékou qui l’a soutenu.
Pour ce qui est de Youssou Ndour, rappelons qu’il a toujours occupé dans le cœur du président de la République une place de choix. Ce dernier le considérant comme son propre fils. L’on se souvient des voyages présidentiels auxquels il était convié jusque dans un passé récent, quand le rossignol de la Médina chantait les vertus de l’homme du 19 mars. Nous devons à la vérité de rappeler que toutes les lenteurs observées dans la délivrance de la fréquence de Tfm l’ont été par le changement de format auquel le chanteur voulait procéder. Le président de la République n’a jamais nourri le dessein de bloquer les initiatiques privées de ses concitoyens. Au contraire dès son élection en 2000, il a appelé tous les Sénégalais, dont Gadio, à la reconstruction nationale.
Tout ce qui se racontait à ce propos n’était qu’élucubrations politiciennes et polémiques journalistiques. Maintenant que la Télé futurs médias est en train d’être inaugurée, tambour battant, au moment où nous mettons sous presse, Youssou Ndour peut-il continuer à insinuer, par la pointe du micro, que la liberté de la presse n’est pas consacrée au Sénégal ?
Qu’en est-il de Bara Tall que l’estime du chef de l’Etat a placé au cœur du dispositif de mise en chantier du Sénégal sous l’ère Wade ? Ce dernier a mené le combat d’autrui par procuration et a perdu. Il cherche maintenant à reconquérir par la politique, ce qu’il a perdu en business. M. Tall qui a joui de ce qu’on peut appeler la préférence nationale du président Wade ferait mieux de renouer le fil du dialogue avec l’Etat que de s’engager dans une pétition qui est une répétition des accusations sans fondements de l’opposition classique contre Wade et sa famille.
Sous le label de mouvement citoyen, un religieux qui semble oublier la noblesse qui s’attache à son ascendance, un marabout fort dans la simulation du chaos, s’autoproclame messie pour se donner un semblant d’importance. Je voudrai rappeler à Serigne Mansour Sy Djamil, que la cabale des faux dévots n’aura jamais raison de l’intelligence réputée de l’homo senegalensis qui sait reconnaître les escrocs par l’incohérence de leur discours anachronique.
La recherche d’un meilleur confort est la trame de son engagement politicien, qui n’a rien de politique. L’expression mouvement citoyen est chez lui une clause de style, un amuse-gueule, avec lequel il tente de divertir le peuple, qui pourtant, est dans une expectative prudente.
Les mouvements citoyens sont des voies de contournement des règles démocratiques sorties de l’imaginaire de personnes repues de leur égo surdimensionné qui forcent les portes de l’histoire par usurpation du destin de jouer un grand rôle. Si tant est qu’on accepte que le parti politique est, dans un environnement de démocratie, l’instrument idéal de conquête du pouvoir, l’on doit pourfendre toute approche déguisée de la politique, quelle soit syndicale ou consumériste, militaire, humanitaire, je ne dirai pas citoyenne, qui en fausse les règles. En dehors des chefs, leurs instances dirigeantes sont composées par des professionnels de la politique doués dans l’art de la manipulation, qui ont fini de faire le tour de la plupart des partis existants.
C’est en cela que la seule menace que représentent ces mouvements concerne l’opposition classique réunie dans « Benno Siggil Senegaal » qui puise dans le même électorat. Qui plus est, la posture de la bande à Gadio remet fondamentalement en cause l’utilité des Assises qui en perdent toute possibilité de devenir nationales comme l’ont souhaité ses principaux initiateurs.
Thierno Ndiaye (Stagiaire)