La protection sociale est un enjeu majeur à relever, même si des efforts considérables ont été faits. C’est la raison pour laquelle, hier, lors de la table ronde sur le Document stratégique de réduction de la pauvreté (Dsrp) et la budgétisation pour les enfants, un plaidoyer a été lancé par les différents acteurs du secteur. Ce, pour une prise en compte des intérêts des enfants, dans le Document de politique économique et sociale (Dpes) de troisième génération, en cours de formulation. Car, selon le sociologue de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), Abdou Salam Fall, l’exécution des politiques de prise en charge de cette couche vulnérable a toujours posé problème, étant donné que le gouvernement est en train de consentir d’énormes efforts. Et comme les recommandations de la rencontre d’Abuja avaient stipulé que chaque gouvernement doit allouer 20% de son budget à la protection sociale ; et que le Sénégal en est à 15%, il doit essayer de combler ce gap. Il faut aussi noter que pour les dépenses totales, toutes sources confondues, l’Etat a dépensé 417 milliards de francs Cfa en 2008, soit 7% du Pib, contre 200 milliards de francs Cfa en 2003. Force est de reconnaître que ce sont là des initiatives louables. Donc, si le problème demeure, c’est que quelque part le bât blesse. C’est ainsi que, suite à l’étude sur l’analyse du bilan de la mise en œuvre du Dsrp, l’Unité de coordination et de suivi de la politique économique (Ucspe), du Ministère de l’Economie et des Finances et l’Unicef, ont organisé une séance de consultations avec les décideurs et les parties concernées par la planification et la budgétisation, pour le bien-être des enfants. Et puisque le bilan sur le Dsrp et sur l’espace fiscal pour les dépenses publiques dans les secteurs sociaux au Sénégal est mitigé, les décideurs doivent, selon M. Fall, changer d’approche. Car à son avis, les initiatives sont parallèles et échappent même parfois au contrôle de l’Etat. Egalement, il y a une exécution de dépenses faibles - par rapport à la planification contenue dans le Dsrp - qui est due à un manque de hiérarchisation budgétaire au sein du document et à une insuffisance d’intégration de celui-ci, à la planification et à la budgétisation d’ensemble. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle il a proposé comme solution, un accompagnement des capacités d’exécution des ministères en charge de données fiables à l’échelle nationale ; et de faire figurer les enfants dans les priorités de l’Etat. Aussi s’agira-t-il, pour le sociologue, de réaliser des stratégies structurelles et d’éviter les approches fragmentées. Par ailleurs, le document qui a été rendu public à cette occasion, a relevé que certains objectifs ont des résultats faibles, y compris dans l’éducation primaire et préscolaire.
Dans le secteur de la santé, l’insuffisance du financement estimé à 37%, illustre l’effort que requiert l’amélioration de la gestion des maladies chroniques, la lutte contre le paludisme, la nutrition, la qualité des soins de santé dans les régions les plus pauvres. A cet effet, il a proposé au gouvernement des activités raisonnablement chiffrées, hiérarchisées et rattachées à des indicateurs de performance, compris dans le processus budgétaire habituel, tenant compte des capacités réelles de mise en œuvre des ministères. Pour le représentant du Ministère de l’Economie et des Finances, Mayacine Camara, qui n’a pas manqué de confirmer l’engagement de l’Etat, la volonté politique de protection sociale doit se traduire en actions concrètes pour une réduction significative de la pauvreté dans tous les domaines. Donc, ce plaidoyer permettra, par ailleurs, d’obtenir une appropriation du processus de budgétisation et une large adhésion à la stratégie énoncée par les organisations concernées.
Awa SARR