«Je ne suis pas venu faire de la médiation. J’ai téléphoné au président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, avant de venir. C’est nous qui l’avons choisi comme médiateur». Tels sont les propos tenus, hier, à Abidjan par le président Abdoulaye Wade, qui effectue une visite de 48 heures en République de Côte-d’Ivoire. Des précisions qui enlèvent tout soupçon d’ambigüité sur les raisons de ce voyage, que d’aucuns qualifiaient de coup de poignard dans le dos de l’actuel médiateur de la crise ivoirienne. « Je le dis à ceux qui veulent entendre le sensationnel. Je ne suis pas venu comme médiateur. Je suis venu parler avec les partis politiques. Je réponds à une invitation », a conclu Me Abdoulaye Wade, qui a eu en fin d’après midi un premier tête-à-tête avec son homologue ivoirien, Laurent Gbagbo, renseignent nos confrères ivoiriens. Selon ces mêmes sources, le chef de l’Etat échangera dans la soirée, tour à tour avec les responsables du Front populaire ivoirien (FPI, au pouvoir), du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, ex-parti unique), du Rassemblement des républicains (RDR, opposition), de la Commission électorale indépendante (CEI), ainsi qu’avec le Premier ministre Guillaume Soro. A propos du chef du gouvernement ivoirien, Wade le présente comme son fils. Signe que les nuages se sont dissipés entre Dakar et Abidjan, la déclaration du président ivoirien Laurent Gbagbo pour cette visite de Me Abdoulaye Wade. «J’ai invité le Président Wade à venir à Abidjan parce que dans la sous-région, nous nous parlons tous. Je lui ai donc demandé de parler aux uns et aux autres. A moi-même, bien sûr, mais aussi aux autres, pour que la Côte d’Ivoire sorte de la situation de crise où elle se trouve. Nous avons fait 80% du chemin, il nous reste 20%. Mais vous savez, quand on est à la fin, c’est toujours plus difficile, mais il nous faut appuyer sur l’accélérateur pour relancer la machine», a déclaré le président Gbagbo. Donc, autant en déduire que la page des malentendus est à présent tournée. Les relations entre les deux chefs d’Etat connaissent un réchauffement. Avec d’abord le président ivoirien, qui a accepté de venir à Dakar pour assister à l’inauguration du Monument de la Renaissance Africaine et aux festivités marquant le cinquantenaire de l’indépendance du Sénégal.
Mais il faut rappeler que le président de la République, Me Abdoulaye Wade s’était déjà distingué dans la résolution de la crise ivoirienne qui a éclaté le 19 septembre 2002, en prenant langue avec toutes les parties. D’ailleurs, un mois presque après l’éclatement de la crise ivoirienne, alors que Me Abdoulaye Wade était président en exercice de la Cedeao, Cheikh Tidiane Gadio, à l’époque ministre d’Etat, en charge des Affaires étrangères, réussissait à obtenir ce que l’on appelle les «accords de Marcoussis», la signature d’un cessez-le-feu entre le gouvernement de Côte d’Ivoire et la rébellion. On était le 17 octobre 2002.
Ibou DIAO