Quand Djibo Kâ disait que même si son ministère a été épinglé par l'Armp, lui, avait la conscience tranquille, certains se posaient des questions. Cependant, le patron de la structure en charge de réguler les marchés publics vient de fournir une explication aux uns et aux autres. Si l'on en croit Mansour Diop, un ministre peut être blanc comme neige, alors que la gestion des marchés au niveau de son ministère présente des défaillances. En fait, ceux qui sont à mettre en cause, ce sont moins les ministres et autres directeurs de sociétés que ceux qui occupent les postes opérationnels. « Il faut distinguer la responsabilité du ministre de celle de la personne qui occupe une structure opérationnelle. Je prends l'exemple du Ministère de la Famille. Moi, ma conviction est que le ministre n'était, peut-être, pas au courant de ce qui se passait au niveau de son ministère et qu'une direction opérationnelle qui s'est trouvée dans une situation exceptionnelle a pu laisser faire cette anomalie. Aussi, il faudra avoir le sens du discernement », dira-t-il.
Une autre raison qui peut expliquer les défaillances constatées lors des audits, c'est que beaucoup de structures ne maîtrisent pas encore le nouveau code, dont l'application date seulement de 2 008. « Il est évident que, vu la complexité de la matière, certains ont, du fait de l'ignorance des procédures, pu avoir des comportements déviants sans le savoir » renseignera-t-il.
En tout état de cause, et c'est ce qui est le plus important, l'Etat fait de réels efforts pour un assainissement du secteur des marchés publics. Et c'est le patron de l'Armp, lui-même, qui le reconnaît. « L'Etat a manifesté sa bonne volonté d'avoir une gestion assainie au niveau des marchés publics, en signant un décret qui consacre le mode de fonctionnement de l'Armp et d'autres textes d'application, notamment, le décret concernant les enquêtes. Le Président de la République vient de signer une série de décrets. Aujourd'hui, si l'Armp est au courant de faits constituants des déviances, elle peut dépêcher une équipe sur site, afin d'enquêter, afin d'identifier les dysfonctionnements et de proposer les mesures qui s'imposent » fera-t-il savoir.
Parallèlement à ces efforts, l'Etat octroie, annuellement, une subvention d'un milliard de francs Cfa à l'Armp.
Interpellé par rapport aux sanctions auxquelles une structure épinglée pourrait être exposée, l'invité de l'émission « Grand Jury » informera que les sanctions sont de deux natures. « Il y a des sanctions administratives, qui peuvent être prononcées à l'encontre des agents publics par les autorités administratives supérieures. Il y a aussi les sanctions qui peuvent être prononcées par le Comité de règlement des différends. Si ce comité a connaissance de faits déviants par rapport à la réglementation des marchés publics, à l'égard des soumissionnaires ou des titulaires de marchés, il peut proposer des sanctions et ces sanctions peuvent aller de la suspension temporaire ou définitive à la radiation définitive des personnes concernées » a-t-il indiqué.
Pour ceux qui parlent de « crime économique » en évoquant les résultats des audits, M. Diop leur demande de tempérer leurs ardeurs. En effet, selon lui, ce terme est trop fort et cela d'autant plus que certaines sociétés auditées se sont révélées être des exemples en matière de gestion des marchés publics. C'est, d'ailleurs, pour encourager ce genre de sociétés et amener les autres à suivre la même voie, que l'autorité de régulation a décidé d'instituer un « prix qui sera décerné, annuellement, à toute autorité contractante qui sera mieux distinguée en matière de sauvegarde des procédures, en matière de régularité ».
Thiané NDIAYE