« Le président Wade sait faire travailler. Il sait également égayer son environnement et créer une ambiance saine qui permet de bien travailler à ses côtés. »

Bamba Ndiaye, ministre conseiller chargé de la Communication, des Relations avec la Presse, des Affaires religieuses, porte-parole de la Présidence




Le ministre conseiller chargé de la Communication, des Relations avec la Presse, des Affaires religieuses, porte-parole de la Présidence fait partie des Sénégalais qui ont toujours pensé que dans beaucoup de cas, le président de la République est incompris. Ce n'est pas parce que son discours est équivoque, loin de là, mais c'est parce que son discours se situe quelques fois à un niveau plus ou moins élevé pour le commun des mortels. Parce qu'il a l'habitude d'anticiper. Dans l'entretien qu'il a accordé au Messager, Bamba Ndiaye révèle que la difficulté de mener la communication du chef de l'Etat relève de sa maîtrise du domaine. « Il s'exprime clairement, il énonce clairement ses propos et à partir de ce moment, il n'est pas du tout difficile de faire comprendre son discours. Même si certains arrivent à faire des interprétations divergentes », fait savoir l'ancien directeur de publication du Messager.



«  Le président Wade sait faire travailler. Il sait également égayer son environnement et créer une ambiance saine qui permet de bien travailler à ses côtés. »

Le Messager : Comment avez-vous accueilli votre nomination au poste de ministre conseiller auprès du président de la République, chargé des affaires religieuses, des relations avec la presse et porte-parole de la Présidence de la République ?


Bamba Ndiaye : Je l'ai accueilli avec beaucoup de joie, de fierté, mais surtout avec un esprit de responsabilité. Parce que je me suis dit qu'une charge ministérielle n'est pas un poste de sinécure. C'est effectivement une responsabilité confiée par le chef de l'Etat à un des Sénégalais. Et ce faisant, on s'attend qu'il remplisse sa mission, c'est à dire qu'il ne trahisse pas la confiance du président de la République. En ce sens, j'ai senti une lourde responsabilité dans la mesure où les tâches qui me sont confiées sont aussi nombreuses qu'importantes.

Il s'agit de la communication du président de la République, des relations avec la presse, des affaires religieuses et porte-parole de la Présidence de la République. Donc ce sont là quatre fonctions qui sont d'importance capitale.

Le Messager : Pour la première fois, un arabisant siège au conseil des ministres. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

Bamba Ndiaye : J'ai tantôt dit que ce poste est créé pour la première fois au Sénégal. C'est un honneur pour tous les arabisants. Ma réussite sera celle de tous les journalistes. Elle le sera aussi pour tous les arabophones. Ma réussite permettra de comprendre que les arabophones sont des intellectuels qui peuvent jouer le rôle que la patrie attend d'eux. Il y en a qui l' ont déjà prouvé dans d'autres secteurs.

Le Messager : Pourquoi dit-on que la communication du président est difficile à gérer ?

Bamba Ndiaye :Il faut l'avouer. Gérer la communication du chef de l'Etat n'est pas une tâche tout à fait aisée dans la mesure où il est lui même un très grand communicateur. Et il est très difficile de communiquer à son niveau. En tout cas, nous en avons fait tout le temps notre credo. Nous avons toujours essayé de faire comprendre son message. Je fais partie des Sénégalais qui ont toujours pensé que dans beaucoup de cas, le président de la République est incompris. Ce n'est pas parce que son discours est équivoque, loin de là, mais c'est parce que son discours se situe quelques fois à un niveau plus ou moins élevé pour le commun des mortels. Parce qu'il a l'habitude d'anticiper et malheureusement l'un de nos défauts au Sénégal est que nous n'anticipons pas. Ce qui fait que les gens ne le comprennent pas très souvent. C'est un peu ça qui fait la complexité ; mais moi je pense qu'il n'est pas difficile de porter la parole du président de la République. Dans la mesure où il s'exprime clairement, il énonce clairement ses propos et à partir de ce moment, il n'est pas du tout difficile de faire comprendre son discours. Même si certains arrivent à faire des interprétations divergentes.

Le Messager : Comment comptez-vous vous organiser avec autant de charges. Par ce qu'il s'agit de 4 domaines spécifiques.

Bamba Ndiaye : En effet, on peut distinguer quatre départements mais qui sont liés les un aux autres. Vous savez que toutes ces fonctions tournent autour de la communication et du travail médiatique. Donc on peut dire que ce sont des départements distincts certes mais très liés. Donc à ce niveau, il n y a aucun problème. Les affaires religieuses, c'est un domaine où le chef de l'Etat lui même est très impliqué et je peux dire même que les grandes affaires restent toujours à son niveau, mais que moi je m'occupe des autres communautés pour établir des relations intercommunautaires qui pour le moment, ne sont pas encore très bien définies au Sénégal. Je pense que l'Etat a le devoir d'aider les communautés religieuses à mieux se prendre en charge. Je prend la communauté musulmane à laquelle j'appartiens ; il y a par exemple le cas du mois lunaire pour lequel souvent, il n' y a pas d'accord sur l'apparition de la lune. Ce qui nous amène souvent à fêter dans des jours différents la Tabaski, la Korité ou même la Tamkharit. Autant de choses qu'il faut harmoniser et je pense que nous pouvons servir, en tant qu'Etat, de facilitateur pour amener les communautés musulmanes à s'entendre entre elles, à développer une réflexion d'ensemble pour s'entendre sur les fêtes. Mais il n' y a pas que les fêtes, il y a d'autres questions qui méritent d'être étudiées en commun, où il est nécessaire d'harmoniser les points de vue. Là aussi, l'Etat servira de facilitateur pour déclencher un dialogue intercommunautaire pour ne pas dire inter-religieux.

Notre rôle, c'est de servir d'interface entre le chef de l'Etat et le public dans son acception la plus large. Et pour ce qui est des relations avec la presse, on a l'habitude de parler de la tension qui marque les relations entre la presse et le pouvoir et de manière générale, c'est le cas dans presque tous les pays du monde, c'est une lourde charge que de travailler à faire baisser cette tension. De la même manière, les affaires religieuses ne sont pas tout à fait simples dans la mesure où d'abord, c'est une nouvelle création. De 1960, date de notre indépendance, à nos jours, ce poste n'a jamais existé dans un gouvernement. C'est pour dire que ça ne va pas être très facile. Mais je pense aussi qu'à ce niveau, je suis plus ou moins confiant dans la mesure où j'appartiens à cette famille de religieux et j'ai toujours évolué dans ce milieu. Bien entendu, au Sénégal, les affaires religieuses ne peuvent pas simplement se limiter aux affaires islamiques, elles concernent toutes les autres religions reconnues par notre constitution. ou, existantes au Sénégal. Mais je pense que c'est possible de s'acquitter de cette tâche.

Et c'est l'occasion d'aborder la question du dialogue inter-religieux qui tient à cœur le président de la République. Il en a souvent parlé. Il a fait beaucoup d'effort pour le réaliser, mais j'avoue que c'est difficile de le faire dans un pays comme le Sénégal. Je pense que c'est un chantier que nous ne laisserons pas tomber. Nous allons essayer de le reprendre pour qu'il se réalise dans les meilleurs délais.

Le Messager : On a aussi remarqué beaucoup de fuites d'informations à partir de la Présidence. Que faire pour y remédier ?

Bamba Ndiaye : Les fuites et rumeurs naissent souvent d'un manque d'information. Ou quand l'appareil de communication ne fonctionne pas correctement. Je pense que pour juguler ce phénomène, nous allons faire fonctionner l'appareil de communication présidentiel. Dans un premier temps, j'étais parti pour faire un breefing quotidien avec les confrères car il y a énormément d'informations qu'on peut mettre à la disposition des confrères.

Nous allons échanger avec la presse chaque fois que de besoin.

En tout cas nous tenons à développer une communication élargie qui permettra aux médias d'avoir les informations à temps réel et venant de la meilleure source qu'est la Présidence de la République.

Le Messager : Après quelques semaines de collaboration, avez-vous la même opinion sur le président de la République.

Bamba Ndiaye :J'ai toujours été optimiste pour cela. Je connais le président Abdoulaye Wade depuis 1974 alors que j'étais encore élève. Je le fréquentais, pour ne pas dire que je le suivais dans ses déplacements, j'écoutais ses discours dans les différents meetings. C'est vous dire que je connaissais un peu l'homme politique. Maintenant en travaillant à ses côtés, je découvre une autre de ses facettes. Le président de la République est un homme travailleur, très méthodique, organisé, mais aussi très pédagogue. J'ai l'habitude de dire que le parcours du président Wade est un parcours tout à fait particulier pour un président de la République. Il a été enseignant du plus bas niveau jusqu'au niveau le plus élevé. De l'école primaire à l'université. il a été avocat. Il a été consultant dans des organismes internationaux. C'est un homme qui sait communiquer, qui sait parler et qui sait instruire ses collaborateurs de la manière la plus claire et la plus correcte possible. Et cela nous facilite la tâche. A ses côtés, on apprend beaucoup, on apprend à travailler, à toujours travailler comme il le dit. Il faut l'approcher pour le vérifier, c'est quelqu'un qui travaille sans relâche. Et on est obligé de le suivre dans son rythme. A ce niveau aussi je n'éprouve pas beaucoup de difficulté. Il sait travailler et faire travailler. Il sait également égayer son environnement. Et créer une ambiance saine qui permet de bien travailler à ses côtés.

Le Messager : Quel est votre degré d'implication dans le règlement du malentendu avec l'église et le collectif des Imams de Guédiawaye ?

Bamba Ndiaye : Les malentendus avec l'église se sont produits un peu avant ma nomination. Mais déjà, pour vous dire que j'exerçais presque ma fonction avant la lettre. J étais intervenu dans plusieurs médias pour expliquer qu'il s'agissait d'un malentendu parti d'une mauvaise interprétation des propos du président de la République. Je crois qu' à bien réécouter son discours, on a vite compris que ce qu'on voulait lui faire dire n'était pas ce qu'il a voulu dire. Et ceci était clair. Mais je trouve ça normal car c'est le président de la République et son discours ne peut pas échapper à de telles interprétations, même si elles sont fausses. Alors nous avons essayé, même avant d'être nommé, de rétablir la vérité, de replacer son discours dans son véritable contexte. Et je crois que cela a participé à faire baisser la tension entre le président de la République et l'église. Mais je vous apprend que c'est lui même qui a fait l'essentiel, en tant que grand communicateur, il a reçu le Nonce apostolique qui représente le Vatican à Dakar. Et à partir de ce moment, le dialogue se nouait déjà. Le Cardinal Théodore Adrien Sarr également a été reçu avec l'ensemble des évêques du Sénégal. Je crois qu' à partir de là, le malentendu était dissipé. Toutes les autorités du Clergé ont appelé à l'unanimité à faire baisser la tension. Elles ont appelé à l'entente et à la paix.

Pour ce qui est de l'audience du Collectif des Imams de Guédiawaye, c'était moins compliqué puisqu'il s'agissait plutôt d'une audience qui avait été accordée dans un premier temps et au dernier moment elle a été suspendue pour plusieurs raisons.

Le Messager : Lesquelles ?

Bamba Ndiaye : D'abord l'audience était mal située ! Parce que c'était un jour où le président avait beaucoup d'audiences ; on était obligé de faire des audiences très courtes. Et comme les Imams s'étaient déplacés en masse, il n'était pas indiqué de tenir cette audience ce jour-là. Même si le président Wade était prêt à les recevoir. Ensuite, il y avait un malentendu parce qu'il y avait des imams libéraux qui avaient sollicité une audience. Et certains ont considéré qu'il y a une confusion et au lieu d'accorder une audience à cette frange, il a décidé de recevoir la deuxième catégorie d'imams dont la demande était plus récente. Bref, pour toutes ces raisons, nous avons estimé de la renvoyer à une date ultérieure.

Et c'est pour préciser que ce n'est pas le président qui organise ses audiences. Ce sont ses collaborateurs qui s'en occupent. On ne l'informe qu'après. Malgré tout, il était disposé à recevoir les 150 imams qui avaient fait le déplacement. Bien que ses audiences étaient terminées selon la feuille qu'il avait devant lui. Malheureusement quand j'étais sorti pour les informer de la volonté du chef de l'Etat de les recevoir, ils étaient déjà partis. Néanmoins, je suis allé chez l'Imam Sarr qui en est le coordonnateur où j'ai trouvé également Babacar Mbaye Ngaraf qui est le porte-parole, je leur ai présenté nos excuses pour ce malentendu et puis je leur ai rapporté les propos du président qui consistaient à dire qu'il est toujours prêt à les recevoir. Et il ne leur reste qu'à s'entendre entre eux et à s'accorder pour revenir en audience. Ils ont vite compris les bonnes dispositions du président de la République et que s'il y a eu couac, ça ne vient pas de lui.

Heureusement donc, le problème a été vite résolu.

Le Messager : On a aussi remarqué que les relations du président avec la presse ont abordé un autre tournant.

Bamba Ndiaye : Pour ce cas, l'honneur revient à toutes les deux parties. Les patrons de presse ont sollicité et obtenu l'audience par le biais du Cdeps (le Comité des éditeurs et patrons de presse). Une rencontre qui s'est déroulée dans un climat détendu avec un discours franc et cordial des deux parties.

En définitive, les relations entre les deux entités devraient peut être évoluer vers une ambiance plus sereine, plus calme. Et là, le président Abdoulaye Wade leur a clairement dit qu'il ne leur demande pas de chanter ses louanges ni d'être de son côté. Il les invite à garder leur liberté et à faire preuve de plus d'objectivité. A analyser les faits de manière plus neutre et plus objective. De s'en tenir simplement aux faits.

Les patrons et éditeurs de presse on demandé également au président de la République de traiter les journalistes avec beaucoup plus d'équité et d'égard. Ils ont pris l'engagement de respecter la déontologie dans le traitement de l'information et à partir de ce moment, le président de la République s'est engagé à satisfaire l'essentiel des doléances qui lui ont été présentées par les journalistes. Je peux dire que depuis lors, les relations s'améliorent.

Mon rôle, en tant que journaliste d'abord, est de servir d'intermédiaire et de facilitateur pour que cette entente perdure et qu'elle s'approfondisse. Et c'est avec beaucoup de joie que nous constatons que les relations avec la presse se sont beaucoup améliorées et sont devenues aujourd'hui plus objectives et plus transparentes.

Propos recueillis par Ibou DIAO


Mercredi 27 Janvier 2010
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