Le pion « déchante » !



Ses complaintes ont été entendues jusqu’à l’autre rive. Dans un prosélytisme désarticulé, le Maître-chanteur était allé à la pêche aux voix au pays de ses commanditaires. Mais la forfanterie bruyante a fini par laisser place à la grande désillusion. Celle de ce bohémien, musicien de son état, qui s’est longtemps paré de la cape du super citoyen dévoué à la cause du développement de son pays.



Son rôle de victime opprimée, magistralement tenu dans un scénario venu d’ailleurs, n’a pas trompé tout le monde. Parce que depuis le début, l’on avait senti la fausse note dans son orchestration. Et ses envolées lyriques et iniques n’ont endormi personne. Accablé et cerné de toutes parts, le roi du mbalax est finalement passé à table. Le surpuissant Vincent Bolloré a voulu en faire son bras armé, pour se venger du Sénégal. Du président Wade et de son fils Karim. Ceux-là qui ont osé lui ôter son privilège de contrôler le stratégique port de Dakar.

Comme un vulgaire pion débusqué, le chanteur déchanté, devenu patron de presse, a concédé : « ils ont juste financé le matériel » de sa télé. Bon sang ! Pourquoi le très adulé auteur de « Thiapathioly » est-il tombé si bas ? Lui, le modèle de réussite dont le Sénégal a longtemps fait l’éloge. Lui, dont la voix perçante a porté le Sénégal bien au-delà de nos frontières. Autant que la belle équipe des Lions du football dont la formidable épopée en 2002 continue d’être contée. Une seule chose est sûre, en acceptant le deal de ces nostalgiques d’un temps révolu, l’enfant de la populeuse Médina, s’est fortement fourvoyé. Certes, on le savait intraitable, sans pitié en affaires, mais qui pouvait imaginer que l’ancien élève de feu Ibra Kassé pouvait aller si loin. Même s’il avait chanté sur tous les toits et tous les tons les vertus du « blé » (Khaliss Nekhna). Nul ne pouvait penser qu’un sac rempli d’euros pouvait transformer cette icône de la musique sénégalaise en « mercenaire », à peine cagoulé, au service d’intérêts étrangers. De cet industriel français, dont le pays a pourtant refusé le rachat par un célèbre canard espagnol, du groupe de presse qu’il a lui-même acquis dernièrement. No comment !

Inutile donc de jouer les obtus, car le passage dans lequel le chanteur s’est engouffré est visiblement sans issue. Tout au mieux, mène-t-il vers l’impasse. L’aversion. Et les alliances contre-nature, l’arme brandie d’un mouvement, d’un courant ou d’un parti politique, n’y changeront rien. Alors, avant que ne sonne l’heure des résipiscences, il est encore temps pour l’artiste de s’assurer une sortie de scène honorable. De préserver cette belle image qu’il a mis si longtemps à construire. Et on est heureux de l’entendre dire qu’il n’a « besoin de rien ». Surtout pas de ce manège grotesque qui le salit et le décrédibilise. Ce n’est pas perdre la face, non plus, que de reconnaître ses erreurs. Et en déclarant dans sa dernière sortie que le Sénégal est une vitrine de la démocratie en Afrique, qu’elle ne saurait être une monarchie, il chante vrai. Quand il annonce qu’il ne sera jamais candidat à l’élection présidentielle, il joue juste. Il incarne le bon rôle. Pourvu qu’il le comprenne !

Bassirou Seck

Mercredi 5 Mai 2010
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