« Le débat sur la candidature de Wade reflète l’incapacité de l’opposition à le détrôner »

Boubacar Ba, le Directeur de l’Ofejban se confie



« Le débat sur la candidature de Wade reflète l’incapacité de l’opposition à le détrôner »


En 1978 déjà, Boubacar Ba faisait partie des souteneurs du président Abdoulaye Wade les plus en vue, à travers la Coordination des Elèves du Sénégal, dont il était l’un des principaux dirigeants. Ne ratant jamais l’occasion d’assister à ses meetings et de courir derrière son cortège, il eut l’occasion de rencontrer son idole en 1984, à la rue de Thiong, en compagnie d’autres militants de la première heure comme feu Boubacar Sall, Gnagna Touré, Mahfouz Thioye et Ousmane Ngom pour ne citer qu’eux. Depuis lors, son adhésion au « Wadisme » qu’il considère comme une doctrine universelle, n’a jamais cédé à l’usure du temps. Son combat gagné en 2000, il ouvrit un autre front à partir de la commune de Pikine-Est, à savoir l’amélioration du cadre de vie des habitants de la banlieue. II attira l’attention des autorités étatiques sur le sort de la banlieue, qu’il survola en hélicoptère en compagnie du ministre de l’Intérieur de l’époque. Couronnement logique de son engagement pour le sort des habitants, Boubacar est nommé en 2008 directeur général de l’Office pour l’Emploi des Jeunes de la Banlieue (OFEJBAN). Après 2 ans d’existence, Il fait à traves cet entretien, le bilan de la structure. Non sans aborder des sujets comme la vie politique à Pikine, les immolations devant le palais, les sorties de l’opposition et la candidature du Président Abdoulaye Wade.

Le Messager : Après deux ans passés à la tête de l’ de l’Office pour l’Emploi des Jeunes de la Banlieue (OFEJBAN), quel bilan pouvez-vous en tirer ?

Je dois dire d’abord dire que le choix de ma personne pour diriger l’Office pour l’Emploi des Jeunes de la Banlieue (OFEJBAN) n’est pas fortuit, pour qui connaît mon engagement à traduire la vision Wadiste en matière d’emploi, de lutte contre la pauvreté et le chômage. En 2002, après l’accession du président Abdoulaye Wade à la magistrature suprême de notre pays, des jeunes sont venus me voir et ont manifesté leur souhait de monter des secteurs pour me soutenir en vue des élections. Je leur ai fait comprendre que pour les 5 prochaines années, le président va se s’atteler à concrétiser sa vision. En lieu et place des secteurs, je leur ai suggéré de mettre en place des associations de développement, à même de jouer leur partition dans le développement de la banlieue. Au moment où le processus était enclenché, survinrent les inondations qui bouleversèrent l’existence des populations. M’inspirant de la source intarissable du « Wadisme », je suis descendu à la base pour s’enquérir de la situation prévalant dans les communes de Médina Gounass, Jiddah Thiaroye Kao, Wakhinane Nimzatt et Pikine-Est. Les dégâts étaient énormes et la désolation à son comble. Je pris alors l’initiative d’organiser des rencontres de réflexion autour de la question. Il s’ensuivit des actions qui eurent le mérite de soulager les victimes. N’ayant pu accéder à certains endroits, je suis allé voir Assane Ba pour lui en faire part. Ce dernier me mit en rapport avec le ministre des Forces armées qui mit à notre disposition un hélicoptère, au moyen duquel nous survolâmes les zones inondées. Après avoir montré au Président de la République le film, dont les images paraissaient mettre en exergue les catastrophes notées au Nicaragua et à Nagazaki, il nous a dit qu’il n’imaginait pas qu’une situation pareille régnait dans son pays. Immédiatement, il donna des instructions pour que l’on prenne des dispositions en vu d’enrayer le mal. La mise en place du Plan qui a été la solution définitive, fait aujourd’hui le bonheur et la fierté de plusieurs milliers de familles.

En dehors des inondations, j’ai aussi fait part de la nécessité de la création d’un office pour la banlieue. Qui, au-delà de la problématique de l’emploi des jeunes, serait à même de conduire des programmes et des actions participant de la reconstruction de la banlieue et de la création massive d’emplois. Malheureusement, ce programme fut torpillé pour des raisons que j’ignore. Toujours est-il que l’OFEJBAN fait aujourd’hui la fierté de la banlieue, car en l’espace de 24 mois, nous avons organisé un recensement dans toute la banlieue. Nous sommes la seule structure disposant d’un fichier fiable, obtenu à partir d’un recensement de terrain et qui donne un échantillonnage global de toutes les banlieues. On a aujourd’hui une banque de données d’entreprises publiques et privées qui offrant des emplois. Les jeunes demandeurs d’emploi sont régulièrement mis en rapport avec ces entreprises, qui les recrutent après. Nous avons aujourd’hui placé plus de 700 jeunes. En dehors de cet aspect, il y en a plus de 400 porteurs de projets, qui mènent des activités après avoir obtenu un financement. Ce bilan qui ne prend pas en compte les 15% de recrutement des jeunes de la banlieue promis par les entreprises, nous paraît positif pour une structure qui n’a pas encore les moyens de ses ambitions. La plupart des autorités et des entreprises qui ont pris des engagements devant le président de la République n’ont pas tenu leurs promesses, en dépit des correspondances qui leur sont régulièrement adressées. Et comme si cela ne suffisait pas, certains de nos projets ou idées nous sont volés. C’est le cas pour le programme d’insertion des mécaniciens et de celui des salons de coiffure et de couture. En dépit de ces difficultés, nous ne sommes pas près d’abandonner. Bien au contraire, avec des structures comme l’AN REVA, l’ISRA, la direction de l’Agriculture, l’ITA, le PMIA et l’APROSEN, nous allons octroyer le maximum d’emplois aux jeunes de la banlieue.

Où se situe le blocage concernant l’instruction de chef de l’Etat, faite aux entreprises, de réserver 15% de leur recrutement aux jeunes de la banlieue ? Vous avez réussi, certes, à caser beaucoup de demandeurs d’emploi ; mais au même moment, d’autres qui n’ont pas une qualification, attendent toujours pour pouvoir trouver une place au soleil…

II faut d’abord reconnaître que l’Etat du Sénégal ne peut pas trouver de l’emploi à tous les jeunes. Dieu nous a créés et nous a mis en compétition. Les gens sont à des niveaux différents, selon leur compétence et leur engagement. La société a besoin de pêcheurs, des tailleurs, des artisans et des bureaucrates. C’est se tromper soi-même que de prétendre trouver de l’emploi à des centaines de milliers de jeunes. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2000, le Président de la République a créé toutes les conditions de la promotion de l’emploi. L’Etat ne peut pas résorber 15% du chômage. Il ne peut que favoriser l’initiative privée et accompagner ceux qui veulent mener des activités. De 2000 à nos jours, plus de 200 000 emplois ont été créées sans compter la naissance tous azimuts d’entreprises. Ce sont les barons et les femmes d’affaires qui ont fait main basse sur les financements, au détriment des grandes masses. Nous pensons qu’il faut favoriser les jeunes et encourager les initiatives privées. C’est pourquoi, lorsque nous sommes nés et après le recensement, nous nous sommes attelés à lancer des projets modèles pour démontrer que l’initiative privée est porteuse. Ce qui nous a motivé le plus est que 82,07% des jeunes demandeurs d’emploi évoluent dans le secteur de l’artisanat au sens large. Il n’y a que 17, 03 de jeunes qui ont une qualification. 08,08% de jeunes ont exprimé le besoin d’être recyclés. Le travail que nous avons effectué en si peu de temps a fini de susciter l’espoir dans la banlieue. Nous avons investi le milieu sportif, parce que la lutte et le football sont deux sports pourvoyeurs d’emplois. Nous avons pour 60% contribué à l’accession de l’As Pikine en première division. A Guédiawaye, nous avons accompagné le mouvement Navétanes et contribué à la réhabilitation du stade Amadou Barry. Si l’Ofejban a les moyens de ses ambitions, la flamme de l’espoir qui est allumée depuis le Forum Banlieue Avenir, demeurera plus vive que jamais pour éclairer l’existence de ces milliers de jeunes à la recherche d’un emploi.

En termes de perspectives, les jeunes seront bien servis avec le démarrage des activités de la Mutuelle d’Epargne et de crédit pour l’Emploi des Jeunes de la banlieue (MECEJEB) et le fonctionnement du Centre de Formation des Métiers des Arts et des technologies (CEFORMA) mis en place avec l’appui de partenaires belges et français. Nous attendons toujours d’être placés au même niveau que les autres agences qui s’occupent de l’emploi des jeunes.

En dehors de l’aspect emploi, vous vous voulez la voix des sans-voix de la banlieue. Aujourd’hui, il y a le problème des délestages qui se pose avec acuité, même si quelque part cela dépasse vos compétences. Mais il y a surtout la dégradation des routes, alors qu’on avait lancé l’opération zéro nid de poule depuis presque un an..

Je suis et demeure la voix des sans-voix de la banlieue. Il faut qu’on arrête la politique politicienne. Qu’est ce que les maires de Bennoo ont fait aujourd’hui, eux qui criaient sur tous les toits que rien n’avait été fait pour la banlieue ? Il faut que certains opposants et certains responsables libéraux arrêtent le cirque. La promotion des jeunes de la banlieue au-delà des chapelles politiques, est beaucoup plus porteuse d’impact que la promotion des jeunes de Jean ou de Paul. Il ne se passe pas un seul jour sans que j’interpelle les autorités sur les problèmes de la banlieue. La réalisation de la route du marché Waranka en est l’illustration la plus parfaite. Au delà des actes posés par le gouvernement, aucun maire n’est capable de montrer ce qu’il a réalisé ?

Mais la réhabilitation des routes dépasse la compétence des mairies ?

Attendez nous avons été maires et nous maitrisons les textes. Les mairies des communes d’arrondissement peuvent procéder au nettoiement et au désensablement des routes. Une mairie de ville ne peut pas avoir un budget de plus de 7 milliards de francs Cfa et ne rien faire pour la réfection des routes. Pour ce qui est des coupures. L’Ageroute a déjà beaucoup fait dans ce domaine. A défaut de pouvoir s’occuper des nids de poule, les maires et autres responsables doivent interpeler l’Etat mais la réalité est que la plus part d’entre eux n’existent que pour leurs intérêts personnels. Comment des institutions peuvent-elles se faire la guerre au détriment des populations ? En tout cas nous, nous sommes là, prêts à nous investir davantage pour améliorer les conditions des populations. L’Ofejban aurait pu se résumer en un office des banlieues et je vous assure que nous avons la capacité de transformer les banlieues du Sénégal.

Le délai qui vous est imparti n’est-il pas trop court pour atteindre cet objectif ? La présidentielle de 2012 pointe déjà à l’horizon…

Vous savez, il y a des actions de développement qui sont inscrites dans des programmes macro économiques, mais il y en a d’autres qui sont la résultante de mesures d’urgences. Quand il s’agit d’ériger des canalisations, de faire de la voirie et de procéder au ramassage des ordures, il suffit d’avoir de la volonté politique et de faire preuve d’organisation. A propos des délestages, nous en ressentons tous les effets. Mais lentement et sûrement, l’Etat va régler ce problème, définitivement. Pas plus tard que hier, j’ai présidé la plus grande finale départementale de Pikine avec un stade archicomble. Brusquement, il y a eu une coupure et les gens sont rentrés tranquillement. Pour vous dire que les populations sont conscientes que c’est dans la paix et la synergie des efforts, qu’on parviendra à construire notre pays. Je profite de l’occasion pour décrier le comportement de certains dirigeants de Bennoo qui ont voulu gâcher la fête ; et l’absence des responsables libéraux qui ont du mal à admettre les honneurs qui me sont rendus par la jeunesse.

En parlant de vos frères libéraux, justement, on a comme l’impression que la dynamique unitaire qui faisait que vous vous retrouviez le plus souvent à la permanence, a laissé la place à la dispersion. Chacun mène ses activités de façon plus ou moins isolée. Ceux qui disaient que l’unité n’était que de façade n’ont-ils pas raison, aujourd’hui ?

Chacun d’entre nous sait ce que vaut l’autre en termes de représentativité. La dynamique unitaire n’exclut pas que chacun travaille sa propre vision de la chose politique. Je dois dire que ce n’est pas en tenant des réunions à n’en plus finir dans les salons, qu’on va réélire le Président Abdoulaye Wade. Chaque responsable est libre de faire de la politique du sommet, mais le resserrement des rangs, la réconciliation sincère de la famille libérale et la massification pour la reconquête des bases perdues lors des élections locales, est plus importante que toute autre chose. Pikine et Guédiawaye ont des ministres des directeurs généraux, des sénateurs et des députés. Si nous parvenons à nous unir autour de l’essentiel, nous pourrions soulever des montagnes. En ce qui me concerne, je suis prêt à adhérer et à soutenir toutes les actions tendant à nous réunir autour de l’essentiel, car je considère que c’est l’une des principales voies de salut pour nous autres libéraux.

M. Ba, vous appartenez au parti au pouvoir. En l’espace d’une semaine deux jeunes gens se sont immolés par le feu. Est-ce que ces actes ne sont pas le couronnement logique d’un mal vivre ?

Je voudrais tout d’abord compatir à la douleur des familles éplorées par ces pertes, avant d’appeler à la raison et à la retenue. Le Sénégal a besoin de ses fils. Depuis son arrivée au pouvoir, le président de la République ne cesse de poser des actes allants dans le sens de l’amélioration des conditions de vie des populations. Les réalisations futuristes à son actif sont tout à l’honneur des populations et des jeunes en particulier. Et comme disait l’autre, il a tellement fait que certains ont tendance à croire qu’il est omnipotent. Que les politiciens arrêtent leurs actes lâches, qui consistent à faire dans la récupération d’actes isolés en y allant de leurs comparaisons et de leurs prédictions apocalyptiques. Contrairement à certains pays, notamment du Maghreb, le Sénégal est presque une démocratie achevée. Ceux qui souhaitent que la violence y règne méritent la guillotine. On ne doit pas, pour des considérations politiciennes comme la nostalgie du pouvoir, remettre en cause l’unité et la cohésion nationale qui constituent un modèle du genre dans le monde. Si aujourd’hui, la majeure partie des opposants épilogue sur la candidature de Me Wade, c’est par qu’eux-mêmes doutent de leur capacité à le détrôner. La peur bleue qui les habite et les ronge ne cesse de les pousser à des dérives verbales répugnantes pour des gens qui aspirent à briguer les suffrages des Sénégalais.

Je profite de l’occasion pour demander au président de la communauté rurale de Sangalkam de se taire, au lieu d’étaler sa boulimie foncière faite de scandales connus de tous. Le découpage administratif en vue est une exigence historique. Les populations de Bambilor ne nous démentiront pas, eles qui ont spontanément organisé une marche pour remercier le chef de l’Etat. Il ne peut pas se substituer à l’Etat pour donner des leçons. Il n’a qu’à donner sa vie, car le vœu des populations de voir leurs localités se développer est plus sacré. Abdoulaye Wade n’est ni son égal ni celui de son mentor. Il n’a que venir débattre avec dans un plateau de télévision. Pourquoi, il n’a pas dénoncé le découpage politicien du régime socialiste ?

Votre dernier mot ?

Je fais partie de ceux qui croient dur comme fer qu’à l’image du Marxisme, du Léninisme, le Wadisme est une doctrine de dimension universelle. Mon avis est que trois grandes figures ont marqué l’Afrique, ces derniers temps. Il s’agit de feu Thomas Sankara qui incarne l’émancipation de la jeunesse africaine, de Nelson Mandela pour la sauvegarde de la dignité de l’homme noir et d’Abdoulaye Wade, pour le combat de la démocratie. Il est le bâtisseur qui a montré la voie à ses pairs africains.

Je demande à Niasse, Dansokho et Bathily d’arrêter les complots qu’ils ourdissent contre l’Etat avec la complicité de pétroliers mondiaux. On sait pourquoi Niasse a été absent du pays pendant un certain temps. Après avoir épuisé toutes leurs cartes de renversement du régime, ils ont pensé qu’avec l’énergie, ils pourraient parvenir à leurs fins. Qu’on nous dise à qui appartient Itoc à 100%. Que l’Etat ouvre une enquête sur Itoc et Oryx. Qu’ils se taisent, sinon nous allons faire des révélations. Bathily a été le ministre de l’Energie dans le premier gouvernement de Wade, alors que Niasse était son premier ministre, de même que Macky Sall. Et à l’époque, Ils n’avaient rien dit. Quant à Gadio, ce n’est qu’aujourd’hui qu’il pense que Louy Jot Jotna ; lui qui disait que la diplomatie sénégalaise est à l’image de Me Wade. Comment ces gens-là, qui donnent chaque fois la preuve de leur imposture et de leur mauvaise foi, pourraient-ils nous prodiguer des leçons de morale ?

Propos recueillis par Ibrahima Diao et Amary Guèye

Lundi 28 Février 2011
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