Lat Dior, le héros national au courage légendaireLe héros national Lat Dior Ngoné Latyr Diop est encore sous les feux de la rampe. Le Messager revient sur la fabuleuse épopée de ce preux chevalier.
Lat Dior Ngoné Latyr Diop (1842-1886) est considéré comme le héros national du Sénégal. Ancien souverain (Damel) du Cayor, d'abord Thieddo, puis converti à l'Islam sous l'influence de Maba Diakhou Bâ, c'est l'une des grandes figures de la résistance à la pénétration coloniale française ; au même titre que El Hadji Omar Tall, Samory Touré, Mamadou Lamine Dramé ou Alboury Ndiaye.
Lat Dior Ngoné Latyr Diop fait suivre son prénom du nom de sa mère comme tous les Damels… Lat Dior est connu par la tradition orale. A ses nombreuses qualités telles que le courage, l'attachement au sol natal, le sens de l'honneur (le Jom des Wolofs), la fierté, la dignité, s'ajoutent un sens marqué de la diplomatie et des dons de stratège. Il sait manœuvrer ses troupes, tendre des embuscades, utiliser le terrain à merveille et pratiquer une habile guérilla. Pour le petit-fils de Lat Dior, Amadou Bamba Diop, "les thieddos préfèrent demeurer esclaves, car finalement plus puissants que les hommes libres ; ils disposent de la vie des Damels et ils peuvent épouser leurs filles. En fait, ils appartenaient au Damel, mais le Damel leur appartenait". Les thieddos occupent une position très élevée. En 1883, lorsque le Damel Samba Laobé Fall signe un traité de protectorat avec la France, l'accord est contresigné par six captifs de la couronne. Soutenu par Demba Waar Sall, chef des captifs de la couronne, Lat Dior se soumet aux rites de l'initiation et de l'intronisation des Damels, pour remplacer Madiodio. Mais plus tard, la conversion de Lat Dior à l'Islam et le problème du transfert de la capitale, entraînent une rupture entre le Damel et les thieddos, animistes restés fidèles à Demba Waar Sall. Un preux chevalier adepte du refus. Conscient des enjeux pour le royaume du Cayor, Lat Dior s'est farouchement opposé à la mise en place d'une liaison ferroviaire entre Dakar et Saint-Louis et à l'implantation de l'arachide. Après une série d'affrontements sanglants avec les troupes de Faidherbe et de Pinet-Laprade, mais aussi quelques alliances ponctuelles, il a mené un dernier combat sans espoir à Dékheulé2 et y a laissé la vie le 26 octobre 1886 – d'où cette phrase prêtée à Faidherbe. « Ceux-là, on les tue, on ne les déshonore pas », qui est aujourd'hui la devise de l'armée sénégalaise (« On nous tue, on ne nous déshonore pas »). Fils de Sakhéwer Sokhna Mbaye Diop et de la Linguère Ngoné Latyr Fall, Lat Dior Ngoné Latyr Diop est né en 1842 à Keur Amadou Yalla, au nord-est du Cayor. Il appartenait à la noblesse de l'ethnie Wolof, les Garmi. Il descendait de la branche des nobles Guedj, qui trouvent leur origine chez le personnage Geddo Get Ndiaye, l'ancêtre des Diop, lui-même descendant de Ndiadiane Ndiaye, fondateur de l'empire du Djolof. Selon une coutume wolof que l'on rencontrait parfois, pour identifier le lignage utérin, Lat Dior a hérité du prénom de sa mère, Ngoné. Lat Dior commence à inquiéter les Européens lorsque ceux-ci veulent réaliser la jonction entre les villes de Saint-Louis et Dakar. Mais pour y parvenir, il leur faut conquérir le royaume du Cayor. C'est ainsi que Lat Dior Ngoné Latyr Diop devient un adversaire des Européens. Tout commence en 1856, alors que le Cayor a pour Damel Birima Ngoné Latyr Fall son demi-frère. Les Européens lui demandent la permission d'installer une ligne télégraphique entre Saint-Louis et Dakar. Il refuse d'abord ; mais, compte tenu de la situation du Cayor en proie à la guerre civile, et de la sienne, menacé qu’il est par les musulmans du Ndiambour qui exigent son départ, il accepte finalement ; croyant qu'ainsi les Européens l'aideront, lui et sa famille, à conserver le pouvoir. Birima meurt en 1859, avant la signature de l'accord. Après la mort de Birima, un nouveau Damel est élu par le conseil des grands électeurs, Macodou Coumba Yandé Mbarrou. Madiodio Déguéné Codou, soutenu par Faidherbe, est élu par les grands notables du Cayor. Faidherbe et sa suite assistent même à son intronisation, dans la capitale du Cayor, à Mboul. Lat Dior, qui briguait aussi le titre de Damel, est très déçu par le choix des électeurs, car Madiodio est très favorable aux Français. C'est pour ces raisons que Lat Dior décide de commencer la lutte pour se rendre maître du Cayor et renvoyer définitivement les colons français. Lat Dior et ses partisans, écrasent Madiodio et les Français à la bataille de Coki, en 1861. Cependant, Madiodio est aussitôt soutenu par le gouverneur Jauréguiberry qui tente de le remettre au pouvoir ; mais Madiodio ayant perdu en crédibilité auprès du peuple, Lat Dior en profite pour le chasser définitivement du Cayor. Un fin stratège. À partir de là, Lat Dior commence à envoyer des émissaires aux royaumes voisins, jusqu'au royaume du Trarza en Mauritanie et les invite à lutter contre la pénétration française. Comme Lat Dior a réussi à établir de bonnes relations avec les royaumes voisins, les colons décident de ne pas trop intervenir, car ils craignent un soulèvement général. Après s'être absenté, Faidherbe revient au Sénégal et décide de chasser Lat Dior et de rétablir Madiodio. Madiodio est rétabli sur le trône et cède à la France les provinces du grand Ndiambour, le Saniokhor et le Mbawar. Lat Dior, ses thiéddos et ses partisans, unissent leurs forces en vue d'une guérilla. Le sachant, Madiodio demande l'aide des Français. Le 29 décembre 1863, une expédition composée de 140 soldats français appuyés par plusieurs centaines de partisans de Madiodio, commandée par Madiodio et le capitaine du génie Lorens, marche contre Lat Dior. Prévenu, celui-ci lui tend une embuscade à Ngolngol et l'anéantit: c'est sa première grande victoire. Lat Dior tente de nouveau de rallier les royaumes voisins à sa cause, en les informant de sa victoire sur les Français à Ngolngol. Faidherbe charge Pinet-Laprade de rétablir la situation en faveur des Français. Lat Dior se rend dans le nord du Cayor, au Ndiambour, pour inciter au combat les musulmans ; ainsi que les souverains du Trarza, en Mauritanie. Mais Pinet-Laprade ruine ses projets d'alliance. Lat Dior envoie sa famille et ses biens au Baol. Pinet-Laprade razzie les villages partisans de Lat Dior. Les thiéddos de Lat Dior et les spahis de Pinet-Laprade se rencontrent à Loro : c'est la bataille de Loro. Mais devant la supériorité numérique et la puissance des armes, Lat Dior bat en retraite. C'était le 16 janvier 1864. Après cette victoire française, Madiodio Déguéné Codou est remis au pouvoir. Avec lui, les Français annexent le Cayor en 1865. Mais tant que Lat Dior est encore en vie, les Français ne se sentent pas en sécurité au Cayor. Lat Dior s'exile au Sine où il demande l'asile politique au roi sérère animiste, le bour Coumba Ndoffene Famak Diouf, qui accepte de l'aider, mais lui impose de rudes conditions. Lat Dior va donc au Saloum, où règne avec le titre d'almamy le marabout Maba Diakhou Bâ, disciple de El Hadji Omar Tall. Celui-ci accepte d'aider Lat Dior dans sa lutte, à condition qu'il se convertisse à l'Islam. Lat-Dior, qui était de religion thiéddo (ou ceddo), se convertit donc à l'Islam sous le nom de Silmakha Diop, mais se met alors à dos une bonne partie de ses théddos, très attachés à l'animisme. Demba War Sall, le Farba Kaba, chef des thiéddos de Lat Dior, se retourne contre lui pour toujours et participera à sa chute. Lat-Dior rencontrera le fondateur de la confrérie musulmane soufi venu du Baol, Cheikh Amadou Bamba. Maba Diakhou Bâ fera de Lat Dior le général de son armée, et Lat Dior l'aidera dans ses combats. Ensemble, ils marcheront sur le Sine, le Baol et le Djolof. Pinet-Laprade et ses spahis se rendent au Saloum pour rencontrer Maba et Lat Dior : c'est la bataille du Rip, le 30 novembre 1865. Pinet-Laprade perd énormément d'effectifs, mais réussit à les dissuader. Maba Diakhou Bâ est tué peu de temps après, en 1867, en allant combattre le bour Sine Coumba Ndofféne Diouf. Un environnement difficile Après la mort de Maba, Lat Dior revient au Cayor, où il trouve les maladies, les invasions de sauterelles, la guerre civile, la famine. Lat Dior en rejette la responsabilité sur les colons et la population voit en Lat Dior un espoir, alors que les colons commencent à être de plus en plus mal vus. Pinet-Laprade cède quelques territoires à Lat Dior pour apaiser la situation, mais celui-ci refuse, car il souhaite récupérer le Cayor tout entier. Lat Dior, musulman, s'allie avec l'almamy du Fouta-Toro, Cheikhou Amadou, qui est également l'ennemi des Français et qui le rejoint avec son armée à Mekhe, au Cayor : c'est la bataille de Mekhé. Les Français sont battus le 3 juillet 1869. Pinet-Laprade meurt du choléra, le mois d'août suivant. Lat Dior, commençant à prendre de la hauteur, razzie les provinces qui lui sont hostiles, le Saniokhor et le Diander. Avec son armée, il se rend à Louga où il rencontre les troupes françaises. Un combat sanglant a lieu et Lat Dior se retire. Les pertes sont nombreuses. Malgré cela, il réussit à dissuader les colons. Le 12 janvier 1871, Lat Dior Ngoné Latyr Diop est reconnu par tous comme le Damel du Cayor. La France est affaiblie par la guerre avec l'Allemagne et Lat Dior en profite pour annexer le Baol et cumuler les titres de Damel et de Teigne. En 1874, le Toucouleur Cheikhou Amadou attaque le Djolof et prend le titre de Bourba. Il attaque le Cayor, mais Lat Dior entretient désormais de bonnes relations avec la France, en particulier avec le colonel Brière de l'Isle. En janvier 1875, il combattent ensemble Cheikhou Amadou et l'écrasent. Lat Dior et les thiéddos entretiennent des hostilités. Ceux-ci refusent que le Damel Lat Dior transfère la capitale à Keur Amadou Yalla. Finalement, avec la médiation du colonel, la capitale reste à Mboul. En 1879, Lat Dior signe un contrat avec les Français pour la construction d'une ligne de chemin de fer Dakar-Saint-Louis ; mais en 1880, Lat Dior se rend compte que ceci pourrait affaiblir son autorité. Il annonce qu’il déclarera la guerre aux Français si la construction du chemin de fer est maintenue. Il refuse également l'implantation de la culture de l'arachide, car il estime que cela donnerait aux Français de nouvelles chances d'imposer leur domination et de rester au Sénégal. En 1882, Lat Dior, toujours Damel du Cayor indépendant, est soutenu par un membre de la famille royale, Samba Laobé Fall. Ensemble ils déplacent les populations des zones où le tracé de la voie a été effectué. Lat Dior recherche à nouveau l'aide du Djolof, du Fouta et du Trarza ; mais le général Serviatus envoie une colonne contre lui. Lat Dior se réfugie au Baol. Au Cayor, un nouveau Damel est intronisé avec le soutien de la France : Amadi Ngoné Fall, favorable aux colons. Ce Damel signera pour la ligne de chemin de fer. Lat Dior et son neveu Samba Laobé Fall entreprennent la guérilla au Cayor, mais sont vaincus par le général Dodds en mai 1883. Le Damel Amadi Ngoné Fall est déchu du pouvoir et il est remplacé par Samba Laobé Fall. La ligne ferroviaire est inaugurée en juillet 1885. Un combat de l’honneur Au Djolof, Bouna Alboury Ndiaye est roi. Il soutient Lat Dior qui est de la même famille que lui et lui donne l'asile. Alboury lutte également contre la pénétration française. Il entre en conflit avec Samba Laobé Fall, Damel du Cayor. La France aide le Damel et les deux parties se rencontrent. Samba Laobé Fall est battu le 6 juin 1886. Alboury tente d'envahir le Cayor ; mais finalement, Samba Laobé Fall propose à Alboury une importante somme d'argent pour les dommages de guerre. Samba Laobé Fall part à Tivaouane, où il demande aux riches commerçants français une aide financière, mais les esprits s'échauffent et Samba Laobé Fall est tué le 6 octobre 1886. Comme il n'y a plus de Damel au Cayor, la France impose donc son protectorat. Le Cayor est divisé en six provinces, et Demba War Sall est appelé à la présidence des provinces, ainsi que ses frères. Pour sauver l'honneur, Lat Dior Ngoné Latyr Diop et son armée se rendent à Dékheulé pour combattre les colons français et son ancien fidèle compagnon le Farba Kaba, chef des Thiéddos, Demba War Sall et son armée. Ce fut le 26 octobre 1886. La bataille est sanglante et très impressionnante, également tragique ; d'une rare violence d'après les récits des colons. Lat Dior est tué, avec deux de ses fils et bon nombre de ses partisans. Émis en 1981 et en 1986 (à l'occasion du centenaire de sa mort), deux timbres sénégalais célèbrent la mémoire de Lat Dior. En 1982, l'artiste fondeur Issa Diop a réalisé une statue en bronze de Lat Dior monté sur son cheval Malaw. D'une hauteur de 3,5 mètres, elle a été érigée à Dakar, à l'entrée principale du CICES (Centre international du commerce extérieur du Sénégal). D'après le rapport du Capitaine Valois, la bataille de Dékheulé a eu lieu le 27 autour du puits entre 11h et 11h45, à partir d'une attaque fulgurante de Lat Dior et de ses troupes. Valois écrit : " Lat Dior resta sur le champ de bataille avec deux de ses fils et soixante dix huit de ses guerriers les plus renommés ". Contre les français disposant d'un armement supérieur (artillerie), de soldats nombreux, jouant sur les rivalités entre les royaumes et les hommes, Lat Dior avec réalisme et souplesse, a utilisé tous les moyens de lutte (alliance défensive et offensive avec ses voisins, exil quand trop affaibli, conversion à l'Islam, renversement d'alliance avec l'adversaire quand la France est en difficulté après 1870, affrontement direct sur les champs de bataille..) dans un combat perdu d'avance mais toujours recommencé pour un Cayor libre et indépendant. Le Cayor est annexé, toute la région comprise entre le Fleuve et la Gambie devient colonie française. Situation inacceptable pour un Damel doté d'un sens aigu de l'honneur, comme Lat Dior. Ne pouvant supporter la dure réalité de la colonisation, il préfère le sacrifice suprême au cours d'une ultime bataille. D'autres résistants comme le souverain du Djolof, Alboury Ndiaye, ami de Lat Dior, choisissent l'exil. M F LO (avec Wilképédia) Samedi 31 Octobre 2009
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