Le Messager-Le PDS est en phase de mutation vers le PDSL, quelle appréciation en faites-vous ?
Christian Sina Diatta- Effectivement, nous sommes dans l'animation du parti, le placement et la vente des cartes. Ceci pour restructurer le parti au niveau des secteurs. Cela se passe très bien, en tout cas en ce qui concerne le milieu rural. Mais je dois dire que le préalable à ces opérations a été de dire aux différents leaders qu'ils se mettent ensemble. Parce que l'objectif est de vendre le plus grand nombre de cartes et non de servir telle ou telle personne. Maintenant, la légitimité de poser un quelconque acte devra être consacrée par les instances appropriées du parti.
Vous avez été nommé commissaire dans le cadre du placement des cartes. Comment cela se passe t-il sur le terrain ?
Je dois dire que lorsque je suis arrivé à Bounkiling qui va être une nouvelle fédération, accompagné du superviseur, il y avait foule. J'ai pu constituer le même jour la commission départementale et les commissions locales. Les décharges ont été obtenues et certaines futures sections ont déjà fini de prendre les cartes. Après cela, nous devons structurer les secteurs. Mais si on m'accorde cette responsabilité d'aller jusqu'à la constitution de la future fédération pour qu'on sache qui est responsable au niveau départemental et qui est interlocuteur du parti, le travail pourra se faire sans problème. Je saisis cette occasion pour remercier les militants de Bounkiling qui ont pu faire en sorte que toutes les communautés rurales sont devenues bleues. Cela est remarquable et à ce titre, je dois dire que le département de Bounkiling est un exemple. C'est heureux qu'il en soit ainsi, parce que s'il n'y avait pas de cohésion dans cette zone, cela pourrait être facteur de complication de la situation que l'on vit déjà en Casamance.
Justement la mobilisation est lancée en direction des élections de 2012. Est-ce que l'unité est aujourd'hui une réalité dans la région sud, notamment à Oussouye où vous êtes ?
Il n'est pas possible de faire une confusion entre le consensus obtenu pour la vente des cartes, malgré les quelques couacs dans certains départements, et l'entente telle qu'elle est souhaitée. Peut-être qu'actuellement on peut faire fi de ce que x ou y, s'entendent profondément. Quand on aura vendu les cartes, chacun saura la place qui lui revient. Le parti saura également comment s'organiser à partir de cela. Bien sûr, fraternellement, les gens s'accepteront, mais on ne pourra plus abuser le secrétaire général national. Les choses seront claires et même au niveau national, il pourra savoir si le parti est vraiment majoritaire ou non. Dans tous les cas, tous les leaders sont appelés à travailler dans ce sens là. Mais comme je l'ai dit tantôt, les choses se présentent bien et je dois même dire que le nombre de cartes qu'on a distribué dans certaines localités est insuffisant puisque les militants ont déjà tout acheté.
Mais au moment où le PDS s'organise, l'opposition donne l'impression de ne pas vouloir aller à ces élections, puisque la menace de faire constater l'incapacité du chef de l'Etat par le Sénat est de plus en plus agitée. Qu'en pensez-vous ?
Je dois dire qu'il n'est pas facile de pratiquer un président qui, quelque part, est devenu un mythe aux plans national, mais aussi africain. Quelqu'un qui a le courage de ses idées. Cela pour dire que ces perspectives de lutte contre le pouvoir semblent viser une seule personne. Alors qu'il ne faut pas l'oublier, c'est une coalition qui est au pouvoir. Et je crois qu'on devrait tenir compte de ce paramètre là car ce n'est pas tous les jours que les actes qui sont posés sont dictés par le président Wade. Ces sortes de querelles, sont de celles que Senghor qualifiait de crypto-personnelles. De ce point de vue là, il n'est pas certain que l'opposition puisse être suivie par les populations. L'opposition est dans la même situation que le parti au pouvoir, dans la mesure où elle doit faire assez souvent une relecture de la situation sociologique nationale, compte tenu du fait que le renouvellement de cette population, notamment chez des jeunes, se fait assez rapidement. Et aujourd'hui, le taux de scolarisation est devenu très élevé. Cela veut dire tout simplement qu'il ne faut pas penser que le fait de cibler systématiquement le président Wade puisse prospérer sans qu'il y ait un minimum de réaction et même de stratégies dans tel ou tel autre sens. Parce que dans tous les cas, on doit respecter notre loi fondamentale qui est la constitution. Si on ne le fait pas, cela devient autre chose. Je rappelle que l'opposition a d'abord parlé d'élections anticipées. C'est curieux maintenant qu'il pose ce problème dans le PDS même, c'est-à-dire créer une querelle de plus en plus accentuée entre un responsable du parti et le président. Mais la maturation des uns et des autres appelle des réactions qui juguleront toutes ces tentatives. En tout cas la coalition au pouvoir ne s'est pas encore saisie de cette question parce qu'il faut que les actes soient clairement posés pour que l'on puisse réagir de manière appropriée et concrète.
N'avez-vous pas l'impression que tout ceci participe de ce lynchage médiatique dont le président de la République et son fils Karim sont victimes aujourd'hui.
Moi j'ai juste observé une chose. A l'occasion du sommet de l'OCI, des travaux ont été exécutés. J'estime d'ailleurs que cela a été un manquement de l'opposition que le parti au pouvoir ait à s'occuper en priorité de la mobilité urbaine alors que cela était un programme du régime précédent. Nous l'avons réalisé et du coup, on dit que ce n'est pas par là qu'il fallait commencer. Alors que les chiffres étaient là qui montraient combien de milliards on perdait à cause des difficultés liées à la circulation. S'il y a eu querelle sur la manière dont ces travaux ont été faits, c'est parce que certains n'étaient pas associés à l'exécution de ces travaux-là. Je rappelle aussi que c'est cela qui a donné naissance à la Génération du concret pour appuyer le chef de l'Etat dans la réalisation de ces grands travaux. Cela dit, je remarque qu'il n'ont pas dénoncé ce qui se faisait au niveau de l'Apix par exemple et n'ont pas également dénoncé l'aéroport de Diass. Cela veut dire qu'ils étaient globalement d'accord pour que ces infrastructures se fassent, puisque c'était l'option du Nepad et ils n'ont pas beaucoup combattu le Nepad. Mais la question est de savoir qui informe et qui publie ? Je constate qu'il y a des plaintes contre des journaux qui ont donné certaines informations. Alors quand on cherche à nuire à partir de certains détails, cela peut porter ses fruits, mais les propos que l'on relaye doivent, pour autant que faire se peut, être responsables. Je le redis, c'est cette sorte de querelle crypto-personnelle qui dicte de tels comportements. Je constate également qu'à partir de certaines pratiques, on cherche à démontrer que nous africains, sommes les plus corrompus au monde, alors que la corruption existe à suffisance dans les pays du Nord.
Et s'il y a eu des crises financières comme celle qu'on a connue dernièrement, c'est parce qu'il y a eu des pratiques de grandes envergures qui ont menacé la stabilité mondiale. Je pense que les africains doivent plutôt se concentrer sur les moyens de se relever et de mieux prendre en mains leur destin. Peut-être que s'il y avait davantage de dialogue entre la coalition au pouvoir et l'opposition, on pourrait avoir un Sénégal qui symboliserait ce que les gens de l'étranger pensent de nous. Aujourd'hui, on cherche à véhiculer une image d'un Sénégal et des sénégalais qui seraient perpétuellement en train de se battre. Ce qui n'est pas du tout le cas. Maintenant, quand on évoque des chiffres parce qu'on part de considérations financières, on qualifie l'autre d'une certaine manière, alors qu'on ne connaît pas profondément.
Vous avez évoqué tantôt la question du dialogue national. Pensez-vous qu'il soit toujours d'actualité ?
Le dialogue tel qu'il est pensé autour d'une table, est un dialogue entre leaders. Dans certains pays, ils ont su trouver des solutions lorsqu'il y a eu des crises profondes. Des commissions de réconciliation ont été créées dans certains cas et puis ailleurs, il y a eu ce que Senghor appelait des partis unifiés. Maintenant, est-ce que ce dialogue peut se faire sans que ce soit en terme de communication ? Si c'est pour venir et imposer une certaine vision ou volonté, ce ne sera pas simple du tout. Le programme qui est en train d'être exécuté a été pensé. Même si l'on a pu penser que réaliser 10 000 emplois dans un temps limité était un non sens ou encore réaliser un tel grand ouvrage relevait du rêve. Cela veut dire que nous avons franchi un pas important qui fait que le Sénégal n'en est plus au même point qu'en 2000. Maintenant, le gouvernement a fait une option sur les infrastructures dans ses réalisations, compte tenu de la situation dans laquelle se trouvait le Sénégal avant. Cela peut expliquer que les populations puissent avoir des difficultés à réaliser qu'il y a effectivement une croissance. Mais dans les tous les cas, dans une économie stratégiquement organisée, il faut savoir prendre en compte la dimension macro et micro-économique, même si cela est difficile à expliquer aux populations. Mais nous nous attelons à mettre en place ce qui nous permettra de récolter les fruits de ce qui a été réalisé. Parce que le Sénégal n'est plus ce qu'il était. Aujourd'hui, il y a plus de routes, d'hôpitaux et d'écoles qu'avant.
Mais ces performances dont vous parlez semblent contraster avec des difficultés notées par exemple dans le secteur énergétique. Que lecture en faites-vous ?
Dakar, est une ville qui, dans les stratégies militaires est un véritable défi. Il suffit aujourd'hui de bloquer la route de sortie de Dakar et il n'y a plus d'issues. C'est d'ailleurs pourquoi, il y a eu stratégiquement une dissémination de nos bases militaires, parce qu'autrement, Dakar est vulnérable. Et le temps qu'on perd entre Dakar et Rufisque est énorme. Cela justifie très amplement la réalisation de l'autoroute à péage. En France, quand Haussmann a réalisé le boulevard qui porte son nom, certains disaient qu'ils avaient dépensé beaucoup trop d'argent dans ce projet. Mais après, ils ont apprécié à sa juste valeur le travail qui a été fait. Je dirai même que concernant l'autoroute à péage, il est souhaitable qu'elle aille jusqu'à Thiès ou à Diass. Cela nous donnera une certaine vitesse d'exécution dans certaines opérations et un flux d'affaires qui seraient mieux géré. Cela pourra également élargir notre palette de partenaires. Je le redis, l'autoroute à péage, il faut absolument la réaliser. Maintenant, s'agissant des questions énergétiques, je constate que dans nos pays, il y a des difficultés à maîtriser les réseaux électriques. Même les pays africains qui ont du pétrole ont des difficultés à ce niveau. Cela pour dire que la question n'est pas très simple. Seulement, il ne faut pas nier que des efforts sont en train d'être faits pour atteindre l'autosuffisance énergétique, électrifier les villages. C'est une question complexe car il ne suffit pas d'approvisionner les gens en électricité, il faudrait qu'il y ait un retour, c'est-à-dire que les gens puissent développer des activités industrielles. Or l'accompagnement de l'électrification ne va pas forcément dans ce sens. Il faut que d'autres acteurs fassent en sorte qu'on puisse rentabiliser le courant que l'on produit.
Mais on a l'impression qu'il y a un problème de communication à ce niveau parce que les populations ne perçoivent pas toujours le fond du problème.
Il y a des associations de consommateurs, les syndicats, entre autres, qui sont en concertation avec la SENELEC sur cette question. Mais souvent, c'est des questions techniques qui sont difficilement perceptibles par les populations. Et si on fait l'effort de donner une explication en terme de perte d'énergie ou autre, cela peut être amplifié négativement. Cela veut dire que c'est délicat de communiquer sur ces questions.
Revenons à la politique. Des scènes de violences ont marqué la scène politique ces derniers temps. Comment appréciez-vous tout cela ?
Ce sont des cas pendants devant la justice et il y a eu des actes avérés qui sont en train d'être traités selon les lois de ce pays. Mais puisqu'il y a eu symétrie des formes avec des cas signalés de part et d'autre, je pense qu'on arrivera à une conclusion mesurée et qu'il y aura ensuite la paix des braves. C'est ce qu'il faut souhaiter. Dans tous les cas, il ne faudrait pas que la jeunesse puisse adhérer à cette manière de faire comme argument politique. La force peut être, des fois, un argument politique. Mais on dit souvent que la politique est l'art de pouvoir déplacer les problèmes. Autrement dit, il faut arriver à déplacer ces faits de violences sur d'autres terrains.
La décision de justice prononcée à ce sujet, contre un jeune responsable libéral est quand même une réponse à ceux qui parlent de corruption aggravée dans le milieu de la justice
C'est vrai, on a évoqué les résultats d'exploitation de dossiers. Déjà quand on parle d'un audit c'est révéler une expertise. Mais dans tous les cas, celui qu est responsable du budget national, c'est le président de la République. Et en tant que tel, je remarque que l'occasion ne lui a pas été donnée de se prononcer sur telle ou telle situation. Et c'est prématuré de tirer des conclusions alors que lui n'en a encore rien dit. Et je demande à ce titre, s'il est indiqué de mettre en exergue des questions qui peuvent nuire à l'honorabilité de certaines personnes. On peut, certes, évaluer l'autre. Mais doit-on le faire dans le but de le détruire. Quand on évalue un fait, il faut le faire dans son contexte et non déplacer le problème vers l'individu en tant que tel. Je crois qu'il faut respecter nos institutions, c'est le chef de l'Etat qui est responsable du budget et c'est lui seul qui peut prendre une décision à la lecture d'une situation précise.
Dernièrement des propos attribués au chef de l'Etat ont créé un malentendu entre l'Eglise et le Palais. Comment avez-vous vécu cette situation en tant que chrétien et autorité de ce pays.
Je retiens simplement que ce qui a été une nuance dans les propos du chef de l'Etat ne l'était plus dans ce que les gens ont rapporté. Le président a clairement dit que certains disent ceci ou cela. Dans les propos qui ont été rapportés, on a effectivement dit que le président a dit telle chose. Peu importe, le milieu de la foi est quelque peu parallèle à celui de la politique et on ne peut le revisiter qu'avec beaucoup de délicatesse. Dans tous les pays, il y a une séparation entre l'Eglise et l'Etat. Le Vatican opère internationalement et bénéficie d'un espace délimité qui est le sien. Je pense que ce qui s'est passé au Sénégal est très malheureux. Cependant, les différentes rencontres qui se sont tenues entre l'Eglise et les autorités étatiques ont permis de lever l'équivoque et de mettre en avant le fait que la gouvernance intègre le facteur religieux. Cela a permis d'apaiser les chrétiens. Mais il faut dire que le rôle joué par les chefs religieux musulmans a également abouti à une communion et un sentiment de solidarité entre les croyants. Cela a été une très bonne chose. On ne peut pas considérer que les chrétiens ont une foi aveugle ou légère, ils l'ont de par les Ecritures Saintes, de par la nouvelle alliance. Les chrétiens ont ces enseignements là. Mais ces communications, je ne les ai pas entendues. Je rappelle que beaucoup de dignitaires de grandes confréries ont étudié dans des écoles catholiques et c'est remarquable. Cela pour dire qu'entre les chrétiens et les autres religions de ce pays, ce n'est pas une fraternité de façade, c'est une réalité. Personnellement, j'ai fait de l'action catholique et j'ai été responsable national et membre du bureau international de la jeunesse internationale catholique. Donc, je considère que si on est arrivé à cette situation, c'est parce qu'il y a eu méprise dans la façon d'apprécier les choses. Puisqu'en dehors même de la religion, les catholiques apportent beaucoup dans les domaines de l'éducation et de la santé. Et nous autres qui sommes du côté du pouvoir, nous devons nécessairement faire un témoignage pour montrer que nous sommes et resterons chrétiens, mais nous nous inscrivons dans une relation dynamique de fraternité avec nos frères musulmans.
Justement, cette parenthèse a été ouverte après les nombreuses interprétations faites du monument de la renaissance africaine. Comment appréciez-vous ces réactions ?
Je dirais juste que le monument de la renaissance africaine ne saurait être une œuvre plastique achevée. Il invitera toujours à la conjonction d'inspirations rayonnantes et multivoques et de toutes générations. La personne humaine qu'il incarne n'est-elle pas une chimère biologique d'essence transcendantale ? Le monument est et reste une œuvre d'art. Comme telle, il devrait refléter les sensations et les réactions sur sa fonctionnalité et sa valeur au regard de lectures à la fois diachronique et synchronique de l'Afrique. Sa pérennité sera le sacre de son auteur ou de ses fondements. Son impact relèvera de sa part d'universalité par sa charge historique, émotionnelle, esthétique et anthropologique. L'œuvre d'art de cette expression thématique, naît certes d'un génie, mais rayonnera de sa fonction conférée par la société comme pour refléter la fonctionnalité de l'art africain. Il est vrai que l'art africain est de transfiguration et spirituellement fonctionnel dans un groupe social.
Revenons à la politique, la candidature de Wade est déclarée depuis assez longtemps, l'opposition se cherche encore. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Wade a annoncé sa candidature et les uns et les autres travaillent pour cette candidature au sein de la mouvance présidentielle. De l'autre côté, il y en aura certainement. Mais je dois saluer la sérénité de Wade car s'il a déclaré sa candidature assez tôt, c'est justement pour que les débats au niveau national soient clarifiés. Effectivement, du côté de l'opposition, on ne s'est pas encore prononcé, mais il faut simplement souhaiter qu'on aille vers des élections dans la paix et la concorde. Le PDS est simplement en train de se compter. La vente des cartes permettra effectivement de se mesurer quantitativement. On dirait que tous les militants attendaient ce moment. Ce n'est pas fait contre qui que ce soit. C'est simplement pour restructurer le parti parce que cela faisait longtemps qu'on ne l'avait pas fait.
Interview réalisée par Bassirou Seck