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Kiné Lam ou le retour prometteur d’une diva reconnueKiné Lam, la diva est de retour et pour cette fois la seconde moitié de Ndongo Thiam Dogo, espère bien retrouver sa précieuse place d’antan dans le landernau musical sénégalais. Cette fille de griots a le chant dans le sang et elle a commencé à chanter très jeune. Kiné Lam n’a pas brûlé les étapes et elle ne rate jamais une occasion pour rappeler à la jeune génération que la chanson est un art qu’il faut savoir maîtriser et dompter avec grâce, finesse et élégance. Ce qui n’est pas chose aisée. Kiné est une artiste qui a su toujours rebondir.
Elle a pu s’adapter à tous les genres et la symbiose parfaite qu’elle a établi entre la musique traditionnelle et moderne continue encore de bercer des milliers de mélomanes d’ici et d’ailleurs. Après avoir mis sur pied son propre orchestre le Kagou en 1989 ,la diva a effectué un certain repli sur elle même afin de laisser éclore certaines fleurs qui piaffaient d’impatience ,selon sa propre expression. Une manière subtile de dire qu’elle a tout simplement laissé la chance aux plus jeunes afin de ne pas gêner leur progression. Un altruisme de bon aloi qui renseigne sur la dimension et la grandeur du personnage.
En effet Kiné évite de descendre à un certain niveau et refuse de polémiquer. Pour cette semaine et en ce jour où la diva célèbre en grandes pompes le treizième anniversaire de son orchestre ,le Messager vous invite à feuilleter une nouvelle fois le cahier souvenirs de cette grande voix de la musique africaine. Une artiste précoce Adjaratou Fatou Kiné Lam n’est pas une inconnue dans le milieu musical sénégalais. Cette chanteuse qui est née avec un don inné pour la musique, a toujours su se faire remarquer par la qualité de son travail. Petite fille déjà, elle aimait chantonner et ne ratait aucune occasion pour pousser de la chansonnette et faire vibrer ses cordes vocales. Issue d’une grande famille griotte du Sénégal profond, cette descendante des grands généalogistes traditionnels, a naturellement marché sur les traces de ses ancêtres qui ont su vaillamment cheminer aux côtés des grands rois de ce pays. Elle en parle avec fierté et ne manque jamais une occasion de revenir sur ce lourd héritage qu’elle assume avec fierté. « Le griot joue un rôle important dans la bonne marche de la société. Autrefois il était souvent consulté pour donner son avis dans la bonne marche de la société. Il était un régulateur social qui était écouté et respecté. Par essence ,le griot est une personne digne qui avait l’oreille et toute l’attention des chefs traditionnels. Il ne faut pas se leurrer, car personne ne peut se passer d’un griot dans nos sociétés. Nous sommes la mémoire de ce peuple et cela est indéniable », a affirmé avec force la chanteuse que nous avons trouvé chez elle en train de préparer activement la soirée qu’elle compte organiser ce soir au Théâtre National Daniel Sorano. Kiné Lam a très tôt emprunté le chemin plus que tortueux qui mène vers les grands podiums. Ses parents qui étaient des disciples convaincus de Serigne Touba ,ne voulaient pas d’une fille chanteuse. Le père de famille a pendant longtemps usé de son influence pour détourner sa fille de cette voie qu’elle s’était tracée. Pourtant le paternel a fini par se rendre à l’évidence car rien ne pouvait détourner Kiné de sa passion pour la chanson. La jeune griotte s’est rapprochée des traditionalistes pour mieux peaufiner son art. Cette passion dévorante a fini par tout emporter et Kiné a du abréger ses études pour se consacrer entièrement à son art. A l’âge de treize ans elle commence déjà à se frayer un chemin et à composer ses premiers airs. Quelque temps après elle sort un tube qui restera à jamais gravé dans la mémoire collective des mélomanes de ce pays. La source de la chanteuse de khassaides non voyante Diéynaba Lam n’a pas du tout dévié de son chemin et ce titre qui allait le faire connaître, est tout simplement intitulé Mame Bamba. Le succès est immédiat et Kiné Lam qui venait de sortir de l’adolescence devient du jour au lendemain une des chanteuses traditionnelles les plus connues au Sénégal. Elle nous a expliqué les raisons qui l’ont toujours poussé à se référer au Saint homme de Touba. « Serigne Touba est un philosophe et un sage, un éducateur et un exemple. Il représente une source intarissable d’inspiration pour moi. Il a toujours exhorté les fidèles à adorer Dieu et à travailler tout en restant discipliné. Ce qui constitue l’essence même de toute vie terrestre », a affirmé la chanteuse. Un passage réussi à Daniel Sorano Après ce succès retentissant, le chemin de Sorano était définitivement balisée pour cette chanteuse. En 1977 elle rejoint l’Ensemble Lyrique Traditionnel et évolue aux côtés de grandes dames de la chanson comme Khar Mbaye Madiaga, Khady Diouf, Ma Hawa Kouyaté, Fatou Thiam Samb,Fatou Sakho et de grands chanteurs comme les regrettés Sombel Faye,Madiop Seck et Ndiaye Samba Mboup. Elle tape dans l’œil de Youssou Ndour qui venait de mettre sur pied son orchestre, le Super Etoile et elle enregistre un album sans titre intitulé tout simplement Kiné Lam et le Super Etoile. A l’instar d’autres artistes de sa dimension comme Madiodio Gning,ou Khar Mbaye elle a bénéficié à un certain moment du soutien agissant de Youssou Ndour. « J’ai eu la chance de bénéficier d’un accueil plus que chaleureux du public et cela m’a vraiment surpris et motivé. Je profite de cette opportunité pour remercier très chaleureusement le doyen El Hadji Mansour Mbaye . Celui-ci m’a couvé et encadré et je ne cesserais jamais de le remercier. Au théâtre Sorano aussi je fus très vite intégrée dans cette formidable machine. Au contact des anciens, j’ai pu acquérir une expérience indéniable . C’était véritablement la belle époque, nous chantions plus par conviction que pour de l’argent . Cependant il a fallu partir et je ne pouvais pas résister à l’appel de la raison. Les gens ont beaucoup épilogué sur mon départ de Sorano, mais je trouvais qu’après plus d’une décennie de bons et loyaux services je pouvais raisonnablement voler de mes propres ailes. C’est ce qui m’a poussé à me lancer dans une carrière en solitaire. Pourtant tout ne fut pas facile. Après mon départ de cette vénérable institution, j’ai du me bagarrer pour arriver à mes fins. En effet dès le départ, je voulais mettre sur place un groupe. Mais à cette époque les choses n’étaient pas aussi faciles que maintenant. Il a fallu batailler ferme et ne pas se presser. Je n’avais pas le droit à l’erreur. J’ai d’abord commencé par sortir un album sous la houlette de Ibrahima Sylla de Syllart Production. Cet album qui a été enregistré à Abidjan a connu un éclatant succès. Il était titré Cheikh Anta Mbacké et il avait vu la participation de Yakhya Fall et de beaucoup d’autres grands musiciens. Le titre Dogo dédié à mon époux a véritablement fait tilt et cela m’a ouvert beaucoup de portes. Quelque temps après j’ai pu mettre sur pied mon orchestre avec l’aide et l’appui de mon époux. Je profite de cette occasion pour le remercier vivement. Cet intellectuel de haut rang a royalement servi son pays. Il a été fonctionnaire de l’Etat du Sénégal durant plus de deux décennies . Je ne saurais taire le soutien de mes coépouses. Ces dernières ont toujours été à mes côtés et elles sont su bien m’épauler dans l’éducation de mes enfants . Je ne disposais pas de beaucoup de temps, à cause des fréquents voyages mais cela n’a pas empêché que ma progéniture obtienne une bonne éducation. Si certains de mes enfants sont actuellement à l’extérieur de ce pays pour poursuivre leur voie c’est grâce à ces braves dames », s’est souvenu l’auteur de Balla Aissa Boury. Un succès éclatant avec son orchestre le Kagou Après avoir quitté Sorano la diva a du faire un retour en zone et une véritable reprise en mains pour asseoir sa notoriété. Elle devient la première femme artiste de ce pays à diriger un orchestre moderne. Elle réussit un casting de rêve en réunissant dans un groupe des musiciens comme Cheikh Tidiane Tall,Yakhya Fall,le claviste Iba Ndiaye et beaucoup d’autres virtuoses. Aux chœurs elle avait recruté Sibérou alias Chuck Berry Mboup et sa tante Adja Dial Mbaye. Avec cet orchestre de rêve et aux côtés du maestro Cheikh Tidiane Tall, elle surprend le monde entier et enchaîne les hits. Kiné Lam qui est véritablement sur un nuage ne tarde pas à imposer son style et elle enchaîne les cassettes et les tournées. Des Usa ,à l’Europe, en passant par certains pays africains, la diva sillonne le monde . Sa témérité a fini par payer et couvée par son manager de mari Kiné Lam se révèle à la face du monde. Elle participe à plusieurs grands festivals . Ce rapide succès, lui permet de s’ériger en une véritable Reine du Mbalakh ( un titre que Souleymane Faye lui a décernée) et elle enchaîne les tubes . Des albums comme Galass,Touba Bélél, Leer Gui,Noreyni,Deurbi, Borom Taif, font le bonheur des inconditionnels de la diva qui voit son aura grandir. « Je dois reconnaître que cette période faste de mon orchestre m’a véritablement marqué. Cheikh Tidiane Tall a lancé un nouveau concept et ensemble nous avons prouvé à la face du monde que seul le travail paye. Nous avons trimé dur pour en arriver là. Cependant force est de reconnaître qu’il était arrivé un moment ou il fallait nécessairement opérer une rupture et repartir sur de nouvelles bases. Cette inévitable phase de maturation a été mise à profit pour revenir dans le style traditionnel avec les albums Sunu Coossaan 1 et 2 », a expliqué la diva qui ne veut surtout pas entendre parler de retraite ou de faillite. Toujours est-il qu’au milieu des années quatre vingt dix, sans doute prise dans la frénésie et le rythme infernal des tournées et spectacles, Kiné Lam a éprouvé certaines difficultés à se maintenir au sommet. Son orchestre se disloque rapidement car certains membres clés ont préféré tenter l’aventure à l’extérieur, tandis que d’autres ont décidé de rejoindre des formations de la place. Pourtant, Kiné Lam considère cette partie de sa carrière comme la plus fructueuse et la plus enrichissante. Il s’en suit une véritable traversée du désert que le diva met à profit pour se reposer un peu et vaquer à d’autres occupations. Pourtant elle n’a jamais abandonné la scène. L’appel du rythme et du sang est toujours le plus fort et elle revient en force en 1999 avec l’album du Retour qu’elle enregistre aux côtés de Youssou Ndour. Un retour gagnant pour la diva Kiné Lam a toujours refusé de se laisser enterrer. Après ce retour en compagnie du Roi du Mbalakh ,elle retrouve les plateaux et reprend les tournées. Trois années plus tard, elle revient encore au devant de la scène avec l’album titré Cey Guèr. Cet opus sortie en 2003, permet à Kiné Lam de prouver à la face du monde qu’elle n’a rien perdu de sa superbe et qu’il fallait toujours compter sur elle. Elle revient encore plus fort en 2009 avec la sortie de la cassette titrée Makarimal Akhlakh et dédiée à Serigne Abdoul Karim Mbacké Ibn Serigne Fallou. Avec ce disque elle retrouve sa place et prouve au public qu’elle dispose encore de beaux restes. Un an après elle frappe de nouveau un grand coup en sortant sur le marché en début de semaine un nouvel album titré Beugué et à la gloire de son amie de toujours Adja Awa Diop Gabon. Elle enchaîne en organisant ce soir le treizième anniversaire de son orchestre au Théâtre Sorano. « Je reviens une nouvelle fois célébrer l’anniversaire de mon orchestre en compagnie de mes amis et surtout de mes guèrrs ( nobles). Nous allons faire plaisir à nos fans et à l’ensemble du peuple sénégalais. Le tout sera accompagné de la sortie d’un nouveau CD car je l’avais annoncé l’année dernière et c’est une promesse que je me devais de tenir. Pour cette année je réserve beaucoup surprises à mon fidèle public qui avait hâte de me retrouver à Sorano car cela fait cinq ans que je n’ai pas célébré mon anniversaire. L’ambiance sera électrique et je promets de mettre le feu à Sorano. Je vais revenir en force en mêlant harmonieusement la musique moderne et la musique traditionnelle. Ce n’est pas pour rien que je me suis attachée les services de cinq arrangeurs reconnus. En effet pour cet opus j’ai travaillé avec Cheikh Tidiane Tall,Lamine Faye, Habib Faye ,Dembel Diop,Papis Konaté. C’est une suite logique de mon avant denier album. Nous avions enregistré beaucoup de titres et j’avais prévu d’attendre mon anniversaire pour faire plaisir au public . Cela fait plus de trente sept ans que j’évolue dans le monde de la musique. Il arrive inévitablement un moment où tu es fatiguée et même saturée. Cependant c’est l’amour de nos maris qui nous maintient dans ce milieu . N’eût été l’insistance de nos admirateurs et proches amis j’aurais effectivement pris un recul bénéfique. Il faut comprendre que je ne vis que de l’art et je ne me suis jamais éloigné du terrain. Je ne peux pas faire autre chose, même si on n’est pas au devant de la scène, nous avons d’autres créneaux comme les grandes cérémonies et les grandes manifestations d’ici et d’ailleurs. Je voudrais profiter de l’occasion pour demander à la nouvelle vague de mieux travailler et d’accepter de se remettre en cause. Nous sommes heureuses de cheminer ensemble avec les nouvelles filles qui chantent actuellement. Dieu a fait que nous avions débuté très jeunes. A l’âge de dix ans ou treize ans, nous étions déjà lancées et au contact des aînés, nous avons progressé car nul ne peut réciter une leçon non apprise. Il faut avoir l’humilité d’apprendre et de se faire encadrer par de véritables références . Je profite de l’occasion pour remercier vivement Kabou Guèye qui est un artiste qui m’a beaucoup assisté. Je n’ose pas sortir un produit sans recourir à Kabou Guèye. Il me fait bénéficier de son expérience sur le plan harmonique et mélodique car c’est désastreux de chanter en faisant des télescopages sur des ponts . Je lance un appel pour que tout le public vienne assister à cette grande soirée qui sera placée sous le signe de la Renaissance africaine. Nous allons essayer de monter une exposition d’anciennes parures pour revaloriser notre riche patrimoine culturelle. La soirée sera dédiée à une de nos doyennes du nom de Fatou Ndiaye Samb », a conclu Kiné Lam. Avec ce nouveau départ, la diva espère revenir au devant de la scène et elle nous a assuré qu’elle ne ménagera aucun effort pour satisfaire à nouveau ses fans. M F LO Samedi 6 Mars 2010
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