Au mois de février dernier, le site businessinsider.com publiait un article signé du journaliste américain Lawrence Delevinge accusant le ministre d'Etat, ainsi que le conseiller spécial du président de la République, Thierno Ousmane Sy d'avoir réclamé de l'argent (200 millions de dollars) aux responsables de Millicom, exploitant de la licence de téléphonie mobile Sentel au Sénégal. Un article qui tentait d'établir une tentative de corruption de la part du ministre d'Etat contre les dirigeants de cette boîte. Des allégations qui viennent d'être démenties par le PCA de SENTEL/TIGO, administrateur de Millicom, qui a participé à toutes les négociations entre le gouvernement du Sénégal et Millicom. Pape Abdoul Bâ répondait ainsi à une sommation interpellative que lui a servie le 19 avril dernier, au nom du Ministre d'Etat Karim Wade, Me Mame Gnagna Seck Sèye, huissier de justice près la Cour d'Appel et le Tribunal régional de Dakar. Et selon cette sommation interpellative, M. Bâ qui représente les intérêts du Groupe Millicom a répondu «non» à la question : «le montant de 200 millions de dollars US ou un quelconque autre montant ont-t-ils été évoqués par le requérant (Karim Wade, NDLR) comme devant lui revenir à titre personnel ?». M. Bâ a indiqué, en outre, que Karim Wade et Thierno Ousmane Sy «se sont présentés comme représentants le président de la République, donc, l'Etat du Sénégal», répondant à la question de savoir, si MM. Wade et Sy agissaient à titre personnel ou au nom de l'Etat du Sénégal. Il a précisé, dans le même temps, que Karim Wade et Thierno Ousmane Sy avaient pris part à la réunion de Paris, représentants l'Etat du Sénégal, alors que du côté de Millicom, M. Mark Beuls, vice-président de Millicom et lui-même Pape Abdou Bâ, président du Conseil d'administration de SENTEL/TIGO, étaient présents. Il souligne toutefois que les représentants de la banque Rothschild et du Cabinet Clifford Chance n'étaient pas à cette rencontre. Pape Abdou Bâ a également répondu par la négative à la question de savoir si lors de ladite réunion, Karim Wade et Thierno Ousmane Sy ont réclamé au Groupe Millicom une quelconque somme ou un avantage à leur profit personnel. Ils n'ont «jamais réclamé à quelque autre moment que ce soit», à titre personnel, quelque somme d'argent que ce soit. De la même manière, il a précisé qu'à aucun moment, il n'y a eu de tête-à-tête entre Karim Wade et Mark Beuls ou un autre représentant du Groupe Millicom. Pour rappel, le gouvernement socialiste avait concédé une licence d'opérateur de téléphonie mobile pour la somme de 100 000 dollars (50 millions de francs Cfa) en juillet 1998 à la société Sentel/Tigo. Une somme jugée modique par l'actuel régime, eu égard au montant auquel la licence du troisième opérateur (SUDATEL) a été cédée (200 millions de dollars). Toute chose qui avait amené l'Etat du Sénégal à inviter Millicom à revoir à la hausse le prix de cession de la licence Sentel/Tigo. Plusieurs pays africains ont cédé leurs licences de téléphonies mobiles à des prix largement supérieurs au tarif alors fixé par les socialistes. Il s'agit, notamment du Cameroun pour 74 millions de dollars US, du Kenya pour 50 millions de dollars, de la Côte d'Ivoire pour 54 millions de dollars, du Mali pour 62 millions de dollars, du Soudan pour 177 millions de dollars, du Maroc pour 1,1 milliard de dollars, et de l'Algérie pour 537 millions de dollars. L'avocat américain de Karim Wade a confirmé, indique-t-on, des poursuites judicaires contre le journaliste auteur de l'article, ainsi que les deux sénateurs américains qui avaient demandé à l'administration Obama de suspendre les financements du Millénium Challenge Corporation (MCC) d'un montant de 540 millions de dollars (270 milliards de francs Cfa) pour lequel le Sénégal est éligible, aux faits de corruption.
Bassirou Seck