«Il ne faut pas confondre conditionnalités et préalables»

SEYDOU GUEYE, PORTE-PAROLE DE L'APR SUR LE DIALOGUE POLITIQUE


Le débat sur l'opportunité du dialogue politique est aujourd'hui est aujourd'hui dépassé. L'opposition comme la majorité en conviennent. Mais, les choses semblent traîner et Seydou Guèye nous donne sa lecture sur les enjeux du dialogue.




Le Messager : Depuis le temps qu'on parle de dialogue, les choses sont toujours à la traîne. Pourquoi à chaque fois, il y a des gardes fous du côté de l'opposition ?

S.G Je pense que de façon globale, le dialogue est dans une situation qu'on peut appeler une crise de confiance. Et dans un cas comme celui là, je crois qu'il faut des actes pour rendre le dialogue possible. Dans le sens que c'est normal avec le président de la République. Une des correspondances de Benno avait pour objet de définir la thématique autour de laquelle on souhaitait voir engager des discussions et une méthodologie par laquelle, on pourrait aboutir à des conclusions. Et au cours de ces échanges, une série de dix points avait été inventoriée, portant principalement sur la question du processus électoral dans son ensemble (fichier électoral, règles du jeu et autres). D'autres questions étaient en rapport avec la situation de la hausse des prix et autres. En termes de méthodologie, le président avait même désigné un groupe de représentants pour constituer une commission paritaire. Il y a eu des blocages suite à un courrier assez dur en provenance de la présidence qui disait des choses sur lesquelles je ne voudrais pas revenir, c'est dépassé.

Mais, dans le fond, il faut qu'on s'accorde tous à l'idée suivante ; notre pays a besoin d'un jeu politique ouvert. Parce que nous le voyons et nous le savons d'expérience ; quand le jeu politique est fermé, les positions se radicalisent. Et ce n'est pas bon pour la nation. Mais dans la même optique, quand on va au dialogue, il faut nécessairement que chacune des deux parties ait une attitude irénique. C'est à dire une attitude orientée vers la recherche de la paix et des solutions. Et dans le cas d'espèce, je crois que la situation politique du pays commande qu'on s'accorde sur les règles du jeu électoral. Parce qu'il ne sert à rien d'aller dans des élections où les règles du jeu ne sont pas acceptées par tout le monde. Puisque les conflits naissent souvent du fait de règles électorales non acceptées. Nous sommes à deux années des élections et nous avons le temps de concocter une plate forme acceptée par tout le monde.

Dans les commissions d'inscription, on constate que l'opposition n'est pas présente et c'est cette dernière qui ira crier sur tous les toits qu'il y a des manipulations. Cela ne pose-t-il pas problème ?

C'est vrai que le parti au pouvoir est présent mais si vous savez un peu l'histoire des textes de loi qui ont été adoptés, les disposions légales n'ont pas été prises. Le délai de 20 jours qui était requis pour informer les partis n'a pas été respecté. Ensuite, pour l'implantation des commissions sur le territoire, nous n'avons pas l'information. Nous sommes aujourd'hui à la recherche de renseignements puisque les mots d'ordre que nous avons donnés sont d'aller s'inscrire massivement et de désigner les différents représentants de partis.

Vous êtes en train de me dire que vous avez demandé à vos militants d'aller s'inscrire dans des endroits où vous n'avez pas de représentants ?

Si,on est en train d'organiser notre présence. Mais, vous le savez très bien, à l'impossible, nul n'est tenu. Si on n'a pas la bonne information, on ne peut pas répondre de façon positive à cela.

Relativement à l'appel du chef de l'Etat au dialogue. Est-ce que vous êtes d'avis qu'il y a des chances pour que cela aboutisse ?

Je ne joue pas aux pronostics parce que la politique n'est pas un jeu de hasard. Ce qui me semble important, c'est que le khalife général Serigne Mansour Sy est dans son rôle quand il appelle à l'apaisement et au dialogue. Parce que c'est une fonction de régulation sociale qui est acceptée dans notre jeu politique. Donc, nous ne pouvons que l'en féliciter. Maintenant, pour arrêter de jouer au ping-pong, il faut que la confiance revienne entre les partenaires. Et de ce point de vue, des actions sont attendues de la part du chef de l'Etat. Mais, ce qui est clair, c'est que le pays a besoin d'entrer en dialogue pour régler définitivement cette question. Nous avons tous la même responsabilité, c'est de hisser notre système démocratique au rang des pays qualifiés de démocrates.

Un appel au dialogue suppose qu'il n'y ait pas de préalable. Or, à chaque fois que Me Wade veut discuter avec l'opposition, celle-ci pose des conditions ? Serait-ce là, une fuite en avant ?

Il ne faut pas confondre conditionnalités et préalables. Vous savez, si l'on interroge une coutume bien africaine qui est la palabre, avant de s'y adonner, il faut des pré palabres pour régler l'instance de la palabre. Donc, ce que l'opposition a donné comme élément, c'est une mécanique par laquelle nous pouvons aboutir à un dialogue. Nous sommes d'accord sur la nécessité d'avoir un groupe de plénipotentiaires, nous avons identifié un agenda de discussions et nous nous sommes préoccupés de l'utilisation que nous pourrons faire des solutions consensuelles retenues à l'issue du dialogue. Un exemple de dialogue réussi est celui de 1992, avec le code consensuel. Et dans le cas d'espèce, il s'est agi de personnes autonomes qui ont joué un rôle de facilitation et les conclusions consensuelles ont fait l'objet

d' accord, sans qu'une virgule n'en soit changée, du corps de loi qui nous a valu les élections de 2000. Donc la préoccupation de l'opposition est à ce niveau : quelle méthode, sur quel agenda et quelle utilisation finale des conclusions consensuelles.

Avant l'année 2000, quand Abdou Diouf appelait au dialogue, Me Wade répondait sans conditions. Ce qui se soldait par des entrées dans le gouvernement. De ce point de vue, l'on ne comprend pas que l'opposition traîne les pieds avec ce dernier.

Pour nous, il ne faut pas faire la confusion entre le dialogue et l'entrisme dans le gouvernement. Si nous sommes demandeurs du dialogue, c'est pour être d'accord sur les règles du jeu électoral. Pour être d'accord sur les questions essentielles pour le développement de la démocratie. Nous ne sommes pas dans la perspective d'un dialogue pour entrer dans le gouvernement. Nous voulons un dialogue dans des conditions qui sont acceptées au départ par tout le monde sur l'utilisation finale du consensus.

Moustapha SYLLA

Vendredi 5 Mars 2010
© lemessagersn. info


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