EDITORIAL : Le discours flou d'un mauvais perdant !



EDITORIAL  :   Le discours flou d'un mauvais perdant !
Pisté par Me Wade depuis 2000, Cheikh Tidiane Gadio a eu le privilège de faire partie de la première équipe gouvernementale de l’Alternance. D’avril 2000 au 1er octobre 2009, l’ancien professeur du Cesti est resté, inamovible, à son poste de ministre des Affaires étrangères.


Certains diront que c’est parce qu’il a été brillant, d’autres rétorquent, qu’il est facile d’être un ministre des Affaires étrangères sous le magistère de Wade, parce qu’il fait, lui-même, l’essentiel du boulot. Doté d’un portefeuille relationnel assez fourni, cet avocat et ancien expert de l’Oua maîtrise les arcanes de la diplomatie internationale. Communicateur et entreprenant, Me Wade cultive l’amitié et force le respect. Ceci fait dire aux observateurs avertis que de tous les ministres de Me Wade, celui des Affaires étrangères court moins de risque. Il peut toujours se servir du président comme éclaireur et solliciter son coup de main pour finaliser ses accords. La simple évocation du nom de Wade peut, quelquefois, suffire pour convaincre l’interlocuteur le plus coriace. Le mérite de Gadio aura été de savoir se servir de l’aura de son président.

Il est cependant regrettable que le natif de Gadiobé ait vite perdu le repère dès qu’il a cessé de s’éclairer à la lumière wadienne. Remercié après 9 ans de services, Cheikh Tidiane Gadio adresse au peuple un message flou, dont la formulation prête à des interprétations diverses, pour ne pas dire à des confusions inextricables. Le poste de ministre de la République, n’étant pas une fonction élective, il dépend du pouvoir discrétionnaire du président de la République. Une banalité que le docteur en communication semble oublier lorsqu’il introduit son message en ces termes : « …

Je voudrais tout d’abord remercier le peuple sénégalais pour m’avoir fait l’honneur de le servir avec un dévouement total et une abnégation sans bornes pendant presque dix ans au prestigieux poste de ministre des Affaires étrangères de la République du Sénégal », dixit Cheikh Tidiane Gadio, avant d’exprimer « sa sincère gratitude au président de la République Abdoulaye Wade pour m’avoir investi de sa confiance pour exécuter une telle mission, sensible, délicate et exigeante », déclame le désormais ex ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères. Vous aurez remarqué, avec moi, que le peuple sénégalais n’avait ni choisi Gadio, ni validé sa nomination à ce poste.

Plus laconique, Gadio décline son agenda programmatique : « J’inscris désormais la suite de mes actions dans le combat politique citoyen pour la défense de la Démocratie et de la République, la lutte sans concession contre la corruption, la mal-gouvernance, et pour l’avènement inéluctable des Etats-Unis d’Afrique », s’engage Cheikh Tidiane Gadio. Du haut de sa posture de ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, Gadio était certainement mieux placé pour mener ce combat. Or, durant les années qu’il aura tenu ce ministère, Gadio n’a pas évoqué une seule fois, la lutte contre la corruption et la mal- gouvernance; comme pour dire que ces maux ne le sont que quand ils sont commis par d’autres…En conclusion, C.T. Gadio adresse un clin d’œil à l’opposition:

« A mes compatriotes, frères et amis de l’opposition parlementaire comme ceux du reste de l’Opposition, je dis un grand merci pour avoir accepté le consensus sur notre politique extérieure et pour m’avoir prodigué conseils, soutien discret et encouragements dans des missions parfois périlleuses. Beaucoup parmi eux se sont particulièrement distingués dans cette hauteur de vue et cette grandeur patriotique. Je les salue avec affection » ! Pas étonnant, dès lors, que Moustapha Niasse de l’Afp, saute sur l’occasion, pour se féliciter du discours de Gadio en l’invitant -au passage- à se ranger de leurs côtés.

En parcourant le message de Gadio, on a l’impression que c’est un président de la République, en fin de mission, qui fait ses adieux à ceux qui l’avaient élu… A force de côtoyer les chefs d’Etat du monde, l’ancien ministre des Affaires étrangères a fini par se confondre avec ces derniers. Il le prouve amplement lorsqu’il s’attribue toutes les réalisations du Président Wade :

« De la promotion tous azimuts du Plan Omega qui nous a conféré une position de Père fondateur du Nepad et ouvert les portes du G-8, l’action diplomatique qui nous a valu un deuxième Sommet de l’Oci, aux immenses motifs de fierté qu’ont représenté pour les Sénégalais le Cessez-le-feu de Bouaké, les Accords inter-malgaches, l’opposition réussie au Coup d’Etat en Guinée Bissau, la contribution à la normalisation des relations de la Libye avec l’Occident, le traitement de la crise du Darfour, l’Accord Tchad-Soudan, au récent Accord-cadre inter-mauritanien, le Sénégal a mérité davantage son statut en Afrique de petite grande puissance diplomatique », énumère Gadio, goguenard, dans son palmarès, en bombant le torse !

Gadio, cet illustre inconnu du gouvernement d’avril 2000, vient de faire voler en éclats, tout le succès qu’il avait pu engranger, neuf ans durant, auprès d’un Me Wade, grâce à une sorte d’humilité, qui faisait jadis, le charme de l’enfant de Gadiobé. Maintenant qu’il délie la langue, Gadio s’expose à des turpitudes d’un mauvais perdant. Sans passé politique évident, ni base politique sûre, Cheikh Tidiane Gadio ne peut prétendre, logiquement, à aucun avenir politique conséquent, à moins de se faire remorquer par un des leaders de la place. C’est, peut-être, pour cela que Niasse et Cie le prennent pour une proie facile.

M. Bamba Ndiaye

Mardi 6 Octobre 2009
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