Droits de l’Homme L’Observatoire pour la protection des droits de l’Homme « fusille » la Gambie


A l’occasion de la fête nationale en Gambie, appelée “Journée de la liberté” par le Président Jammeh, les membres de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un programme conjoint de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), ont animé, hier, un point de presse dans un réceptif hôtelier de la place. Ils ont présenté le rapport international d’enquête sur la situation des défenseurs des droits de l’Homme en Gambie.




Une occasion saisie par les animateurs, pour dresser un bilan sombre de la situation des droits de l’Homme dans ce pays frère. Les différents intervenants que furent Mme Aminata Dièye, membre du Conseil exécutif de l’OMCT ; Mme Fatou Diagne Senghor, chargée du programme Afrique de l’Ouest ; M. Assane Dioma Ndiaye de la Ligue sénégalaise des droits de l’Homme ; et notre confrère Chérif Faye, qui est membre de la coalition, ont tous dénoncé le climat de peur qui règne chez les défenseurs des droits de l’homme en Gambie.

Ce ne sont pas les exemples qui ont manqué pour dénoncer avec force les agissements des hautes autorités gambiennes. Selon le rapport, tout est parti du fameux discours du président Jammeh de septembre 2009. Il affirmait qu’il allait prendre en charge ce dossier et qu’il ne laisserait personne déstabiliser son régime. Ce qui a entraîné une situation d’auto censure au niveau des défenseurs des droits de l’homme. Suite aux nombreux manquements qui sont suivi cette déclaration, l’Observatoire a organisé une mission d’enquête en Gambie du 2 au 11 mai 2010.

Sur la base des éléments recueillis lors de cette mission, le rapport de l’Observatoire démontre qu’il existe un climat général de peur, parmi les défenseurs gambiens des droits de l’Homme, particulièrement depuis l'assassinat toujours non élucidé du journaliste Deyda Hydara, en 2004 ; la disparition forcée d’un autre journaliste, Ebrima Manneh, en 2006 ; le harcèlement incessant des journalistes par l’Agence nationale des renseignements (NIA) ; les menace proférées par le Président en 2009 et l’actuelle multiplication des cas de
harcèlement judiciaire, nouvelle tactique, semble-t-il, pour empêcher les défenseurs de mener à bien leurs activités en faveur de la promotion et de la protection des droits de l'Homme.
En conséquence, le mouvement de la société civile en Gambie ne peut ni intervenir librement, ni s'organiser, ni s'exprimer. C'est pour cette raison que les médias doivent combler le vide. Mais, à leur tour, les journalistes font l’objet de détentions et de poursuites arbitraires, une situation qui pousse certains d’entre eux à fuir ou à pratiquer l’autocensure.

L’Observatoire s’inquiète par ailleurs de la probable multiplication des attaques contre les défenseurs, à l'approche des élections présidentielles de septembre 2011. C’est ainsi qu’ils ont décidé de tirer la sonnette d’alarme et de prendre à témoin l’opinion internationale. Ils se sont repliés sur Dakar, car ils n’avaient pas la possibilité de le faire en Gambie.

M F LO

Samedi 23 Juillet 2011
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