Cynique catastrophisme !




Prenez vos cymbales et que le vacarme soit assourdissant ! Tel semble être le message lancé par une coterie, qui cherche à faire du front social une caisse de résonance. D’anciens thuriféraires de Wade, en quête de reconnaissance, tentent ainsi de mettre le feu à ce Sunugal, pour que le chef de l’Etat daigne enfin tourner le regard sur eux. « La situation est catastrophique, Wade est isolé et n’a plus le contrôle du pays. La seule solution est de le faire partir », vociférait l’un d’eux, hier, sur les ondes d’une radio privée. Les mauvaises langues disent de ce « tireur d’élite », qu’il aurait adressé plusieurs correspondances au ministre d’Etat Karim Wade, pour une audience. En vain. Il se susurre, qu’il aurait ingurgité une forte somme d’argent qu’on lui aurait remis pour la reprise d’un canard, lancé jadis par le Pape du Sopi. On concèdera volontiers à cet artificier, que le front social n’est pas nickelé depuis quelques jours dans notre pays. Mais de là à vouloir remplir le torchis de levain, l’exagération est beaucoup trop flagrante. Certes, le problème des inondations est handicapant pour le régime en place. Au point où, dès que les nuages s’amoncellent dans le ciel, à Pikine, Guédiawaye, Thiaroye, mais aussi dans le Plateau, l’on retient presque son souffle ! Et pourtant, elles ne datent pas de maintenant, ces inondations. Loin de nous l’idée de vouloir rejeter une quelconque responsabilité sur autrui, mais nous conviendrons tous que cette situation, difficile à gérer, est née dans les années 70. Quand Dakar a commencé à déverser son trop plein vers la banlieue. Des zones qui n’étaient pas toutes habitables. Plusieurs comme le fameux quartier de Wakhinane (creuser pour boire, en ouolof), à l’appellation très évocatrice, à Pikine ; étaient des litières d’eau. Mais les autorités d’alors n’avaient rien fait pour empêcher ces citoyens, fruits de l’exode rural, de s’installer sur ces marigots, juste taris. Et pendant plusieurs décennies, l’hivernage n’a plus été qu’un temps d’angoisse pour ces personnes prises au piège. Sans que le régime d’alors ne bougeât le plus petit doigt. Jetant simplement sur eux un regard, presque cynique. Il aura fallu l’avènement de l’alternance, pour que des solutions soient envisagées pour faire sortir ces sinistrés de l’eau. Pour la première fois, un plan a été conçu. Le plan Jaxaay, dans le site de keur Massar. Un programme de 3000 logements, pour un montant global de 52 milliards de nos francs. Certes, le mal n’est pas circonscrit, des milliers de personnes restent encore sous la menace des eaux, mais la volonté politique est là. L’acte majeur a été posé par le président Wade. Et l’actuel gouvernement compte poursuivre son action ; puisqu’un nouveau programme prévoit de reloger ces populations sur un autre site, à Diamniadio, dans un délai proche. Pourtant, les inondations ne sont pas une spécificité sénégalaise. Il y a à peine un mois, plus de trente personnes sont mortes, dans le Var, en France, suites à de fortes inondations. Ailleurs, le bilan a été plus lourd. Nous en sommes très loin, au Sénégal. Pour que des catastrophistes intéressés se mettent ainsi à fayoter.
Phénomènes intercurrents, les coupures d’électricité irritent également les Sénégalais. Une vraie épée de Damoclès sur la tête de l’Etat. Mais il faut le dire, la Société nationale d’électricité (SENELEC), a pendant trop longtemps, fonctionné comme un zombie, pris d’inanition. Une société qui a souffert de manque d’investissements pendant une bonne trentaine d’années, au détriment de ses installations devenues obsolètes. Quand bien même, de 2000 à nos jours, l’Etat a injecté un peu plus de 500 milliards Cfa, dans le cadre d’un grand programme d’investissement, les difficultés demeurent. Le retour de la société américaine GTI, au mois de mars dernier, induisant une augmentation de la capacité de production de 70 Mégawatts, était considéré comme salvateur. Mais après l’effet d’annonce, force est de constater que la Senelec est retombée dans ses travers. Malgré les installations des centrales de Kahone, de Bel Air et de Kounoune, la Société nationale d’électricité n’a toujours pas amorcé son réveil. Peut-être que l’érection prévue de la centrale à charbon de Bargny et l’arrivée du groupe Saoudi Ben Laden pour 34% dans le capital de la Société africaine de raffinage, auront un meilleur effet dans la production d’électricité au Sénégal. Mais dans tous les cas, l’Etat du Sénégal a tout intérêt à mieux se pencher sur la gestion de la Senelec qui, pour l’heure, tire la politique sociale du régime vers le bas. Malgré les efforts financiers colossaux consentis par l’Etat depuis l’alternance. Une société qui pèche jusque dans sa communication. Laissant constamment les Sénégalais dans le flou. Pour ne pas dire le noir. Des mesures hardies s’imposent, pour que cette société ne soit pas le fossoyeur du travail colossal abattu par Abdoulaye Wade, depuis qu’il a pris les rênes de ce pays. Pour qu’un fait divers malencontreux - regrettable, puisqu’il y a eu mort d’homme, dans l’affaire du pêcheur tué à Soumbédioune - ne soit plus associé aux errements de la Senelec, dans le but de présenter le front social Sénégalais en ébullition. Car ailleurs, là où on s’y attend le moins, la situation est pire. En Grèce, le plan d’austérité présenté par le gouvernement a plongé le pays dans le K.O. La réforme des retraites en France est cette pilule qui ne passe pas. Aux USA, Barack Obama est au front pour doter ses compatriotes d’une sécurité sociale. Au Sénégal, le gouvernement va recruter plus de 500 agents dès la semaine prochaine, dans le secteur de la santé. Une manne de 20 milliards dont une bonne partie est déjà inscrite dans le budget 2010-2011, sera débloquée pour la construction d’hôpitaux et de centres de santé. De la même manière, l’Etat s’est engagé à apurer la dette des hôpitaux, dont une large part a été pourtant contractée par des particuliers. Le seul objectif étant d’aller vers un système de santé de qualité. Ils sont nombreux, les domaines dans lesquels l’Etat du Sénégal a consenti des efforts majeurs pour un mieux vivre des Sénégalais. Même si les infrastructures constituent la face visible de l’iceberg. Nous refusons donc qu’on veuille nous mettre sous le boisseau, par des discours contorsionnés. Le Sénégal n’a jamais été un eldorado. Il ne l’est toujours pas. Mais il marche vers l’émergence. Loin de ce catastrophisme cynique dans lequel on cherche gauchement à l’engluer !


Bassirou Seck

Vendredi 9 Juillet 2010
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