Depuis hier, Mamadou Tandja n'est plus aux commandes de la République du Niger. Le commandant de la compagnie d'appui des blindés de Niamey l'a déposé hier à la faveur d'un coup d'Etat. C'est Dijibrilla Hima Hamidou dit «Pelé », 45 ans, qui devient l'homme fort de ce pays. Tandja fait ainsi les frais de son entêtement à se maintenir au pouvoir. Ce haut gradé, originaire de l'ethnie Djerma, est à la tête d'un comité de 12 officiers.
Formé à l'Académie royale de Meknès au Maroc, Djibrilla Hima Hamidou n'avait pas approuvé les changements portés à la Constitution, qui ouvraient une présidence à vie pour ce pays, principal fournisseur d'uranium au français Areva. Selon nos informations, la décision de renverser le président Mamadou Tandja n'a été prise qu'aujourd'hui même à 12 heures, alors que commençait un conseil des ministres exceptionnel. Dès les premières minutes de l'opération, le chef d'Etat major des armées, Moumini Bouraima, a été arrêté chez lui. Il n'aurait opposé aucune résistance.
Les putschistes ont aussi arrêté plusieurs personnalités, dont le porte-parole du palais présidentiel. Quant au président de la République, Mamadou Tandja, il a été conduit en « lieu sûr », selon les termes d'un des putschistes. Selon des sources probantes, le président a été emmené à la garnison de Zinder, deuxième ville du pays, à 700 km de Niamey. Dès 17 heures, la télévision et la radio ont commencé à diffuser de la musique militaire. Le colonel Pelé devrait, lui, prononcer un discours très attendu à 20 heures Gmt.
Cet évènement conforte la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Lors de sa 36e session ordinaire qui s'est tenue le lundi 22 juin dernier à Abuja, elle avait déjà fait état de ses craintes de dérives à Niamey. Ses chefs d'Etat et de gouvernement avaient exprimé leurs « vives préoccupations » , quant « aux risques de dérives » qui pourraient découler des récents évènements autour de la Constitution de ce pays.
Ils avaient même « réaffirmé » leur attachement au Protocole additionnel de la Cedeao sur la démocratie et la bonne gouvernance.
Lors de cette rencontre présidée par le président en exercice de la Cedeao, le Nigérian Umaru Musa Yar'Adua, les chefs d'Etat et de Gouvernement avaient lancé un appel aux autorités nigériennes, à veiller au respect de la Constitution et de l'Etat de droit qui ont servi de soubassement à la consolidation de la paix et de la sécurité durant ces dix dernières années de processus démocratique consensuel dans ce pays.
Malgré les tentatives de son Premier ministre, Seini Oumarou, qui affirmait que « toutes les parties prenantes continueront d'œuvrer dans le cadre du respect de la légalité constitutionnelle et des règles de droit et qu'aucune action en violation de la Constitution du Niger ne sera prise », Tandja est toujours resté sur sa position. Le projet de référendum sur la modification de la Constitution avait fini de plonger le pays, dans une profonde crise politico-institutionnelle.
Le président Abdoulaye Wade, nommé médiateur par ses pairs africains réunis récemment à Abuja où se tenait le 37e sommet de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) , changera certainement d'approche pour dénouer cette crise.
Le Niger, après une série de coups d'Etats et une période de forte instabilité politique, avait au milieu des années 90, pu se redresser grâce à un consensus auquel avait adhéré l'ensemble de la classe politique et qui était fondé sur une constitution adoptée en 1999 qui limitait la durée et le nombre des mandats présidentiels.
Ibou DIAO