« Barthélémy Diaz était armé même en réunion du conseil municipal »

Mme Nafissatou Ngom Loum, conseillère économique et sociale, conseillère municipale à la mairie de Mermoz Sacré-Cœur :

* « Le 23 juin dernier, ses nervis m’ont agressée devant l’Assemblée »
* « Il fait partie de ceux qui instrumentalisait les jeunes lors des émeutes de l’électricité »
* « Sa gestion de sa mairie rime avec gabegie et népotisme. Il doit des arriérés de salaire à ses employés »
« Ce qu’il a fait à Ndiaga Diouf était prévisible »



« Barthélémy Diaz était armé même en réunion du conseil municipal »
Elle est connue pour son courage et son franc-parler. Mme Nafissatou Ngom Loum n’a pas hésité, une fois de plus, à briser le mur du silence pour dénoncer le comportement de Barthélémy Diaz, actuellement entre les mains de la police pour le meurtre du jeune Ndiaga Diouf. Toute chose qui ne la surprend guère, elle qui a subi la terreur de Diaz, alors qu’elle siégeait au conseil municipal de Sacré-Cœur Mermoz. Une instance qu’elle a quittée à cause de l’incorrection et du terrorisme exercé par le maire qui passait le plus clair de son temps à insulter le chef de l’Etat au lieu de parler des problèmes de sa municipalité. Et ne dites surtout pas à Nafissatou Ngom Loum que Barthélémy Diaz a été attaqué par des nervis. C’est juste un retour d’ascenseur pour le « texan ». Elle dit parler d’expérience pour avoir subi les foudres des obligés du maire cow-boy. Aussi, ne souhaite-telle qu’une chose. Que justice soit rendue pour le meurtre du jeune Ndiaga Diouf. Entretien.

Le Messager- Vous êtes conseillère municipale à la mairie de Mermoz Sacré-Cœur. Pouvez-vous nous parler de Barthélémy Diaz et de sa gestion de cette municipalité.

Effectivement je suis conseillère municipale dans cette mairie. Mais je dois vous dire que j’ai arrêté de siéger au conseil municipal depuis un certain temps, parce que le maire passait tout son temps à insulter le président de la République au lieu de parler des affaires de sa municipalité et de nous définir un programme cohérent pour assister ses administrés. J’ai dit ouvertement à Barthélémy Diaz que s’il n’arrêtait pas d’insulter le chef de l’Etat je ne prendrais plus part à ses réunions. Il m’a répondu avec irrespect, me disant qu’il dirait ce qu’il lui plait. Alors, après trois réunions, j’ai décidé de ne plus siéger au conseil municipal. Mais je suis renseignée de ce qui se passe là-bas, puisque des collègues me rendent compte régulièrement des décisions prises. D’ailleurs, j’ai été informée que le conseil municipal ne se réunit plus régulièrement, depuis trois mois. Des conseillers municipaux sont devenus des employés, ce qui est illégal. Barthélémy harcèle tout le monde au conseil municipal. Je ne suis pas étonnée d’entendre qu’il tire sur des gens à tout bout de champs. Il est tout le temps armé. Même en réunion du conseil. Il n’a aucun respect pour les conseillers municipaux. Un jour il a insulté un conseiller qui lui a rendu l’insulte. J’ai appris qu’il n’a pas donné de subventions aux Asc de son quartier. Les mosquées n’ont pas reçu de bœufs pour la Tamxarit. Il y a même des arriérés de salaire du personnel. Je suis désolé, ce n’est pas parce qu’on est fils unique qu’on doit être aussi désobligeant.

Comment avez-vous accueilli le meurtre du jeune Ndiaga Diouf, des suites des coups de feu tirés par Barthélémy Diaz devant sa mairie. Avez-vous été surprise ?

Absolument pas. Je n’ai pas été surprise du tout. Je savais qu’un jour Barthélémy Diaz allait tuer. Ce n’est pas étonnant pour quelqu’un qui est armé 24 heures sur 24. Mais, ma conviction est faite, Barthélémy Diaz est un poltron. C’est pourquoi il est constamment armé. Il joue au courageux, alors qu’en vérité, c’est un peureux. Seuls les poltrons comme lui sont si prompts à tirer à tout bout de champs. Je le redis, si j’ai quitté le conseil municipal de Mermoz Sacré-Cœur, c’est tout simplement à cause de son comportement. Il est insolent et ne respecte personne. Je profite de l’occasion pour vous parler d’une chose que je n’ai jamais dite. Le 23 juin dernier, j’étais malade, j’avais la grippe, mais j’avais tenu à me rendre à l’Assemblée nationale parce que je suis la responsable des femmes de ma commune. Je suis donc allée à l’Assemblée, avec une amie du nom de Fatou Sow. Je me rappelle qu’en cours de route, ma fille qui savait que j’avais décidé d’y aller m’a appelée pour me dire que la situation était surchauffée et de ne pas y aller. Malgré cela, j’ai décidé de me rendre à l’Assemblée. Arrivées à hauteur du grand portail de l’Assemblée, deux jeunes garçons sont venus vers moi. L’un me connaissait parce qu’on siégeait ensemble au conseil municipal de Mermoz Sacré-Cœur. Alors, il me dit : ‘’mais madame, qu’est-ce que vous faites ici » ? Je lui ai répondu que je suis venu pour le vote du projet de loi à l’Assemblée nationale. C’est alors qu’il dit à son ami, un garde du corps de Barthélémy Diaz que je reconnais également :’’ je te présente Mme Loum, elle soutient le président’’. Alors j’ai tendu la main au jeune homme pour lui dire bonjour. Il a repoussé ma main et s’est mis à insulter le chef de l’Etat. Je lui ai dit d’arrêter. Il a répété l’insulte et m’a violemment bousculée avant de partir en courant. Je suis tombée et des jeunes qui suivaient la scène ont escaladé les barrières pour se jeter sur moi. Ils ont commencé à me tabasser. Certains ont uriné sur moi. Ils m’ont trainé sur plusieurs mètres jusque vers chez Ousmane Camara, en me donnant des coups assez violents. Je n’ai jamais vécu une telle humiliation de ma vie. Ils ont commis sur moi des actes que je ne dirai pas, par décence. J’étais en pleurs. J’étais presque inconsciente. Je n’ai dû la vie sauve qu’à une jeune fille qui est venue se jeter sur moi pour me protéger. Elle leur disait qu’il ne faut pas faire cela, parce que ‘’cette femme peut être votre mère’’. Elle aussi, ils l’ont tabassée. Mais elle a été très courageuse et s’est recroquevillée sur moi. Ils ont quand même réussi à me trainer jusque dans la cour du Musée, continuant à me frapper. C’est alors que ma copine Fatou Sow, qui était tombée vers l’Assemblée nationale, parce qu’elle aussi a été battue, est arrivée. Elle a réussi à me soulever, aidée par quelques jeunes qui étaient venus à mon secours. Ils m’ont mise dans la chambre du gardien. Je me rappelle qu’un jeune étudiant qui s’appelle Cheikh Kandé avait réussi à récupérer mon sac et me l’a remis. Il pleurait pour ce qu’on m’avait fait. J’ai su après que la jeune fille qui s’était jetée sur moi pour me protéger s’appelle Bambi Koïta. C’est après que j’ai su qu’elle était enceinte de 2 mois. Elle a fait un avortement à cause des brutalités qu’elle avait subies. Les jeunes qui m’ont sauvé ont pris mon portable et ont appelé mon chauffard qui avait des problèmes pour accéder aux lieux. Je fus ensuite acheminée à la clinique Madeleine. Ma copine Fatou Sow qui savait que je travaille au Conseil Economique et Social leur a dit d’appeler là-bas. Le Conseil a pris en charge les soins et j’ai été hospitalisée pendant 4 jours. Quand je suis sortie de clinique, ma situation ne s’améliorait pas et j’ai été encore hospitalisée pendant une semaine dans une autre clinique. Entre temps, le chef de l’Etat qui a été informée a pris en charge mes frais médicaux. Je le remercie au passage pour sa générosité et son soutien. Mais finalement, ma fille qui est en France, en Alsace, m’a fait venir et je suis restée un mois pour des soins. Rien que pour cela, je maudirai Barthélémy Diaz toute ma vie. C’est lui qui a envoyé ces gens contre moi. Ce jeune qui s’appelle Sidy est son bras droit à la mairie et l’autre qui m’a bousculé est son garde du corps que je reconnais parfaitement. Donc quand Barthélémy Diaz dit qu’on lui a envoyé des nervis, je dis que lui-même est coutumier des faits. Il me l’a fait à moi. Depuis ce jour, je prie le ciel pour qu’il me venge de tout ce que Barthélémy Diaz m’a fait subir. Et mes prières ont été exaucées. Cela ne fait même pas 5 mois et il est aujourd’hui dans de sales draps. Tout cela pour vous dire que je ne suis nullement surprise par ce qui arrive aujourd’hui à Barthélémy Diaz. Je savais qu’un jour viendra, qu’il paiera tout le mal qu’il m’a fait. Cela n’a pas tardé. Maintenant, l’enquête suit son cours, je ne rentrerai pas dans les détails. Mais les images que tout le monde a vues montrent que ces jeunes n’avaient pas l’intention de le tuer, puisqu’ils n’étaient pas armés. Lui a tiré et l’a reconnu. Ce jeune est mort. Ce n’est pas un animal, c’est un être humain. J’espère simplement que justice sera faite.

Vous avez été conseillère municipale à Mermoz Sacré-Cœur, comment appréciez-vous son travail en tant que maire de cette municipalité ?

Je ne suis pas allée à la mairie depuis un bon bout de temps. Mais tout le monde a suivi les derniers évènements. Ses propres administrés se sont soulevés contre lui pour dénoncer sa politique et son comportement irrespectueux. Je crois que cela est largement suffisant pour apprécier son travail. Lors des coupures d’électricité, il faisait partie de ceux qui envoyaient les jeunes brûler les pneus dans Dakar. De toutes manières, c’est connu de tous, le parti socialiste a toujours été violent. Quand ils étaient au pouvoir, ils ont fait beaucoup de mal. Des gens ont été tabassés, emprisonnés et même tués. Cela, tout le monde le sait. Pour en revenir à Barthélémy Diaz, s’il avait fait ce qu’il a fait aux USA dont il se réclame, je pense qu’il serait passible d’une lourde peine. J’espère simplement que justice sera faite.

Le président Wade a été investi le 23 décembre dernier par le Pds et ses alliés pour la présidentielle de 2012. Comment avez-vous vécu cela ?

Je crois que le frère secrétaire général national a été investi le plus naturellement du monde. Compte tenu de tout ce qu’il a fait pour le Sénégal ces dix dernières années, il mérite amplement un second mandat pour terminer l’énorme travail qu’il a entrepris. Je pense même que si son parti ne l’avait pas investi, les sénégalais l’auraient fait. Le peuple a encore besoin de lui pour qu’il nous propulse définitivement sur les rampes de l’émergence. C’est ce qu’il a commencé à faire et je crois que nos compatriotes ont envie qu’il le poursuive. Aucun président en Afrique n’a réussi à faire ce qu’il a fait pour le Sénégal en si peu de temps.

Le M23 a organisé le même jour un rassemblement pour contester sa candidature. Quelle lecture en faites-vous ?

Je crois que tout le monde l’a perçu comme cela. Ils ont voulu saboter le congrès d’investiture de notre candidat, mais ils n’y sont pas arrivés. Tout le monde a vu que la mobilisation était exceptionnelle le 23 décembre dernier. Aussi bien le matin au Méridien que l’après-midi sur la VDN. Je l’ai dit tantôt, le peuple est avec Wade. Et cela est perceptible partout. Personne n’est dupe, c’est simplement pour cette raison que l’opposition cherche à tout prix à lui barrer la route pour les élections. Ils ont peur de lui faire face. Ils savent que Wade est imbattable sur son bilan. Mais qu’ils se le tiennent pour dit. Seul le Conseil constitutionnel est habilité à valider ou à rejeter la candidature du chef de l’Etat. Et le 26 janvier prochain, si la candidature du président est validée, personne ne l’empêchera de se présenter. Je le dis ici, nous ne nous laisserons pas faire. Le président Wade leur a donné l’occasion de travailler à ses côtés, mais ils n’ont rien fait.

Avec ce qui s’est passé avec Barthélémy Diaz, n’avez-vous pas peur que la violence soit exacerbée d’ici aux élections ?

Absolument pas. Mais qui est Barthélémy Diaz ? Je crois qu’on a donné plus d’importance qu’il en a à ce jeune homme. Ce pays ne brûlera jamais. C’est juste des élections. Le meilleur va gagner et c’est tout. Je crois que si l’on a confiance en soi ou en son candidat, on n’a pas intérêt à ce qu’il y ait de la violence. Tout le monde le sait, Wade est un homme de paix. Et s’il y a des troubles, cela ne viendra pas de lui.

Propos recueillis par Bassirou Seck

Mercredi 28 Décembre 2011
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