Au-delà du Fuel !




Il n’est pas un messie. Mais il était très attendu. Samuel Sarr s’est présenté hier, devant les députés et a parlé. Et comme l’on pouvait s’y attendre, le ministre en charge de l’Energie n’a point servi de panacée face aux difficultés de son secteur. Les délestages. Face à lui, les élus du peuple ont éructé le sentiment quasi général des populations. Celles-là, qui ont investi la rue depuis deux semaines, obligeant la Chambre Basse à convoquer le Gouvernement en session extraordinaire. Et pendant presque une journée, les débats ont été passionnés, houleux. A la hauteur de la gravité de l’heure. Les députés de l’opposition ont saisi cette aubaine, mettant en cause la politique énergétique du Gouvernement. D’autres ont invité Samuel Sarr à rendre le tablier. Pour les jusqu’au-boutistes, c’est le chef du gouvernement en personne qui doit se démettre, assumant ainsi l’échec de la politique gouvernementale. Même si tous savent que depuis 2000, les investissements du régime libéral en matière d’énergie, sont énormes. Plus de 700 milliards consentis avec la création de plusieurs centrales. Le taux d’électrification du milieu rural est passé de 5 à presque 30% avec l’alternance. Quelques indicatifs qui témoignent du pas de géant franchi. Et c’est justement là, la source de l’incompréhension. Les difficultés de la société nationale d’électricité à satisfaire la demande, ne cadrent nullement avec ces efforts herculéens du gouvernement. D’ailleurs, nombre de nos compatriotes ne cherchent plus : la Senelec est la seule responsable des distorsions notées dans la distribution de l’électricité. Le retard d’investissement de plus de 30 ans dont a souffert la boîte, est certes, une vérité historique à mettre à l’actif du régime socialiste. Mais tout de même, l’on est en droit de sentir un léger mieux dans la fourniture du courant, depuis que le régime libéral a fait de ce secteur une priorité sur le plan des investissements. Or, il faut le dire, ce qui irrite plus qu’autre chose les populations, c’est que cette situation de manque (d’électricité), a tendance à s’inscrire dans le temps. En vérité, les coupures de cette année ne sont pas plus dommageables, plus rudes, que celles qu’on a connues l’année dernière. Ni même celle d’avant, ou il y a quatre ans. Le constat est là. Cela fait plus de 10 ans, que les étés sont survoltés au Sénégal. La température sociale est régulièrement surchauffée entre les mois de juillet et septembre. Des périodes correspondant à une forte demande d’énergie non satisfaite. La révolte « urticaire » de cette année, qui s’est déversée dans la rue, est sans doute liée à ce sentiment général d’un ras-le-bol. La Senelec lâchant inlassablement cette étincelle qui réchauffe régulièrement le front social. Une sorte de gouffre qui vendange sans arrêt les bons points d’une politique révolutionnaire menée depuis 10 ans.
Samuel Sarr a donc sacrifié à la séance d’explication à laquelle il a été convié. Et comme pour les années précédentes, il a donné les raisons des délestages récurrents. Pour ce coup-ci, c’est le fuel qui a été indexé. Un fuel maléfique, qui a tout de même atterri dans les machines, mettant à l’arrêt plusieurs turbines de la Senelec. Et c’est tout le système d’approvisionnement de la société d’électricité, qui est ainsi mise en cause. Une chaine qui ne serait pas fiable, car souffrant du manque d’instruments de contrôle adéquat à différents échelons. En guise de solution, Samuel Sarr a d’ailleurs indiqué devant les députés, que cette prérogative sera désormais enlevée à la Senelec et confiée à la SAR. Mais à quel prix ? Certes, Samuel Sarr n’est pas le meilleur des tribuns. Mais on veut croire avec lui que le mal qui ronge la Senelec, s’il n’est pas une peccadille, n’est pas trop profond. Loin de nous l’idée de soutenir que Samuel Sarr s’emploie à farder le vrai problème de l’Energie en rejetant la balle sur ses services interlopes, à propos de ce fuel paralysant. Et même s’il ne donne pas les assurances de la fin des délestages, annoncée pour le mois d’août prochain, nous prions très fort que sa parole soit inspirée de l’Evangile. Car, il ne s’agit plus d’inhiber cette révolte populaire qui est en train de gagner le Sénégal à cause des délestages. Le moment est venu de mettre fin à une situation devenue, tout simplement, insupportable. Au-delà de cette affaire de fuel. Pour de vrai ! Pour de bon !

Bassirou Seck

Jeudi 22 Juillet 2010
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