Anarchie !

Selon le dictionnaire en ligne « Wikipédia », « Le mot anarchie est souvent employé comme un repoussoir par des personnes considérant essentiel le principe fondamental d'autorité pour indiquer une situation de désordre, de désorganisation, de chaos ». Chez les Grecs, « Le terme anarchie est un dérivé du grec « anarkhia ». Composé du préfixe a- privatif an- (en grec αν, « sans », « privé de ») et du mot arkhê, (en grec « origine », « principe », « pouvoir » ou « commandement »), d'où l'étymologie du terme désigne donc, d'une manière générale, ce qui est dénué de principe directeur et d'origine. Autrement dit une « absence de principe », « absence de règle », « absence de chef », « absence d'autorité » ou « absence de gouvernement ».





A l'occasion de l'Aïd El Kébir( la Tabaski), le chef de l'Etat, Me Abdoulaye Wade, a déclaré à l'endroit de ses compatriotes que « La force d'un pays réside dans la discipline. Il faudrait que certains Sénégalais se comportent moins en anarchistes qu'en bons citoyens ». On se rappelle pourtant qu'en 2002, lors du naufrage du bateau le Joola, le président Wade, dans une adresse à la nation, avait dénoncé « la cupidité » et «le laxisme » des Sénégalais et avait estimé que « les Sénégalais de tous les niveaux devaient se regarder dans les yeux, comprendre et dire pourquoi cela est arrivé.

Cet examen de conscience fait avec lucidité, courage et impartialité, nous préservera peut-être, à l'avenir, de pareilles catastrophes », avait dit le chef de l'Etat, en recevant les manifestants qui avaient transformé, pendant un bon moment, les grilles du Palais de la République en un mur des lamentations. Voilà que sept ans après, le président Wade continue de dénoncer le comportement anarchique de certains Sénégalais.

Un simple constant permettrait de voir qu'une semaine avant la fête de Tabaski, les Sénégalais en général, et les Dakarois en particulier, avaient déjà transformé ce qui restait des grandes artères en marché provisoire pour achalander moutons, tissus, couteaux et autres condiments agrémentant les repas de la fête. La circulation était devenue désordonnée, voire bloquée, dans plusieurs endroits. Les bureaux étaient souvent désertés sous des prétextes fallacieux et cousus de fil blanc. De jeunes dames et garçons, prématurément empêtrés dans le puzzle du mariage, se sont mués en mendiants occasionnels, qui pour demander des habits de fête, qui pour quémander le prix d' un mouton.

Paradoxalement, ces gens qui se tuent pour accomplir la pratique presque surérogatoire d'Abraham, reprise par le prophète de l'Islam (Psl) ne s'acquittent guère des cinq prières obligatoires ! C'est bien cela le Sénégal, où le facultatif passe avant ce qui est obligatoire. Un terrible mélange des genres ! Cette anarchie sénégalaise qui engendre chaque année plusieurs Korité et maintenant plusieurs Tabaski, est la même qui a motivé la création de plus de 150 partis politiques pour 11 millions d'habitants.

L'effervescence qui s'empare de nos marchés, les veilles de fêtes, n'existe nulle part ailleurs au monde. Les baptêmes, les funérailles comme l'accueil des pèlerins, se font avec un gaspillage dont seul le Sénégal détient le secret. Nous aimons paraître et nous soucions peu de notre être, j'allais dire de notre bien-être. Un tel comportement a bien des conséquences néfastes sur notre état de santé. Nous nous lavons les mains n'importe comment avant de manger et insistons sur l'usage du savon après avoir mangé -peut-être- pour chasser les odeurs. Ce comportement induit la mal gouvernance, qui semble être un mal sénégalais.

Depuis Senghor, en passant par Abdou Diouf, jusqu'à Wade, aucun président sénégalais n'a encore réussi à éradiquer ce mal qui va en s'amplifiant. Pourtant, si nous voulons réaliser l'émergence, nous serons obligés de nous départir de ces défauts handicapants. Il ne suffit pas de les dénoncer, il faut les combattre et vigoureusement. Pour revenir au thème du jour, la Tabaski, je dirai que même les khoutbas des imams reflètent cette anarchie dans le choix des sujets. Ainsi, des thèmes portant sur l'unité des musulmans, les inondations, la marche de l'opposition pour réclamer la démission de Me Wade, les danses obscènes et la télé de Youssou Ndour, sont diversement traités par nos chers imams.

Pire, il faut également noter que les salafites (ceux qui se réclament de la sounna du prophète), improprement appelés « Ibâdou » ont fêté le vendredi, se référant à une pratique qui voudrait que la Tabaski se fasse le lendemain de la station de Arafat. Or, cette année, celle-ci a coïncidé avec le jeudi… Autant de sujets qui divisent les Sénégalais, dont la propension à l'anarchie n'est plus à démontrer.

M. Bamba Ndiaye

Lundi 30 Novembre 2009
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