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Amath Dansokho, Secrétaire général du PIT : «Me Wade n'est pas le commanditaire de la mort de Me Sèye»
Comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, cette déclaration d'Amath Dansokho, contenue dans la dernière livraison du journal «Première ligne» de notre confrère Amadou Diouf, est venue balayer d'un revers de main beaucoup de fausses certitudes «dument établies» par un journaliste-plumitif de service.. A bien des égards, c'est moins l'information de première main livrée par le Secrétaire général du Parti de l'Indépendance et du Travail qui importe, mais sa personnalité à la fois déroutante et versatile. S'il n'est un secret pour personne qu' Amath Dansokho, alors ministre de l'Urbanisme dans le gouvernement de majorité présidentielle élargie mis sur pied après les élections de 1993 était aux premières loges dans la procédure de mise en branle par les autorités du régime socialiste pour imputer la responsabilité de la mort de Me Babacar Séye à Me Abdoulaye Wade. Les amateurs de clichés se rappelleront certainement de cette main alerte et vigoureuse de Dansokho, qui dans la cour de l'hôpital principal, après avoir retourné dans tous les sens la balle qui a eu raison de la vie du vice président du Conseil Constitutionnel en arriva sans aucune nuance que c'est Me Wade le commanditaire de la mort de Me Sèye. Plus de 16 ans après cette affaire, Dansokho dans ses moments de lucidité de déclarer sans ambages : «Me Wade n'est pas le commanditaire de la mort de Me Séye. Il n'a pas demandé qu'on le tue». Flash back. Nous sommes en Septembre 1991, l'assemblée nationale sénégalaise, dans un climat politique apaisé par les tractations entre le pouvoir et l'opposition et l'entrée de celle-ci au gouvernement (en avril), adopte plusieurs amendements au code électoral : les élections ont désormais lieu à deux tours, le vainqueur étant désigné à la majorité absolue ; le mandant présidentiel, limité à deux exercices, est fixé à sept ans ; l'âge des votants est abaissé à dix huit ans ; les élections législatives qui devront avoir lieu tous les cinq ans et les présidentielles sont désormais dissociées. En février 1993, les élections présidentielles présentent un schéma quasi identique à celles de 1988 : fraudes électorales, violences, arrestations de certains chefs de l'opposition (en tête desquels, Abdoulaye Wade) qui libérés, finissent par entrer à nouveau au gouvernement. Il faut noter que le bon déroulement de la consultation est entaché par les longueurs et la confusion autour des procédures de dépouillement. La commission nationale de recensement des votes suspend ses travaux sur un constat d'échec, le Conseil constitutionnel étant obligé de prendre le relais. La proclamation des résultats n'intervient que le 13 mars, dans un climat de contestation. En mai 1993, les élections législatives sont remportées par le PS avec 84 sièges sur 120 contre 27 sièges pour le PDS qui a réalisé de bons scores dans les centres urbains. La crédibilité de ces résultats, fut comme d'habitude remise en cause. Le retard dans la proclamation entretenait le sentiment de la manipulation des suffrages. Les Sénégalais vécurent trois semaines d'attente, de blocage institutionnel des dépouillements et de guerre de communiqués. Un climat tendu auquel s'ajoutait la démission de Kéba Mbaye, Président du Conseil constitutionnel ; une démission interprétée par les populations comme un signe de désaveu de la fraude et de la triche électorales. La période postélectorale est marquée par l'assassinat du vice-président du Conseil constitutionnel, Maître Babacar Sèye, par l'arrestation de Me WADE, puis de membres du PDS désignés comme suspects. L'affaire «Me SEYE» empoisonne durablement le climat politique. Après le meurtre de l'ancien maire de Saint-Louis, Abdoulaye WADE est interpellé le 15 mai 1993 avec Ousmane NGOM et Jean-Paul Dias. Les partis d'opposition en négociation avec le PS pour une entrée au gouvernement, tels que la LD/MPT, ne se prononcent pas sur cette arrestation. L'assassinat est rapidement revendiqué par une organisation inconnue, «l'armée du peuple». Celle-ci affirme dans un appel téléphonique à la rédaction du quotidien Sud que «le peuple veut des changements par la voie démocratique. Malheureusement, toutes les voies démocratiques sont bloquées. C'est pourquoi la violence est de plus en plus utilisée avant de rajouter que cela serve d'avertissement aux autres magistrats du Conseil constitutionnel afin qu'ils respectent la volonté populaire» 8 . Les enquêteurs n'ayant rien trouvé chez Abdoulaye Wade et au quartier général du PDS, le chef de l'opposition est relâché le 18 mai 1993. Abdoulaye Wade joue alors l'apaisement et affirme trouver normal d'avoir été entendu dans cette affaire. Il déclare qu'il s'agit d'une machination entreprise par certains dirigeants socialistes qui souhaitent ne pas voir la reconduction du ticket Diouf-Wade à la tête de l'Etat. Mais la situation s'envenime après l'interpellation de trois suspects : Amadou Clédor Sène, Ibrahima Diakhaté et Assane Diop. Ces derniers sont connus pour avoir assuré la sécurité de différents candidats libéraux lors de précédentes élections. Ils avouent rapidement avoir été en relation avec Wade. Amadou Clédor SENE, déjà auteur de diverses actions subversives en 1988, reconnaît avoir reçu 500.000 FCFA du leader PDS via Mody SY, puis 500 000 FCFA supplémentaire de Viviane Wade, femme d'Abdoulaye Wade. Il se rétracte cependant rapidement et donne à la police une seconde version, qui incrimine cette fois-ci... des dirigeants socialistes. Il soutient alors qu'Habib Thiam l'aurait contacté, par l'intermédiaire du responsable PS de la région de Dakar, Ameth Diène, pour lui demander d'infiltrer le PDS et d'organiser l'assassinat. En échange de ce "service", après un court passage en prison, un exil lui aurait été promis aux Etats-Unis avec l'assurance de toucher durant cinq années 300.000 dollars annuellement. Pour relayer cette nouvelle version, Amadou Clédor Sène envoie une lettre à Abdoulaye Wade : «Maître, en proie a un énorme remord de conscience, je me suis résolu à vous dire toute la vérité sur l'assassinat de Me Babacar Sèye, qui n'était qu'un complot ourdi par les sommités du PS pour mettre en cause votre honorabilité et pour discréditer votre parti, le PDS. J'ai été depuis longtemps contacté par le PS pour infiltrer le PDS comme cela se fait dans tous les pays... je devais également m 'arranger pour être en possession de documents portant votre nom et faire des aveux vous compromettant». Ce témoignage, très embarrassant pour le régime PS, n'est pas retenu par la justice. Les efforts d'investigation se portent sur le PDS et particulièrement sur le rôle qu'aurait joué Mody Sy. Très vite, le PDS dénonce des tortures à son encontre. Bien qu'arrêté, il n'y a pratiquement aucune preuve à l'encontre d'Abdoulaye WADE. L'enquête a été bâclée : pas de rapport balistique, pas de balle retrouvée, pas de corps autopsié, et surtout... pas de convocation d'Habib Thiam devant la justice. Nonobstant les présomptions pesant sur Wade - Clédor Sène se serait rendu le jour du meurtre... à son domicile - le dossier de l'accusation est trop mince. Abdoulaye Wade bénéficie d'un non-lieu en mai 1994. Comme le rappelait fort opportunément le journaliste Marcel Mendy dans son essai intitulé Wade la longue marche du Sopi : Habib Thiam, «Dans son ouvrage «Par devoir et par Amitié» , parue aux éditions du Rocher, à la page 168, après avoir rappelé les premières déclarations de Clédor et compagnies enfonçant Wade, s'est réfugié derrière cette sentence : «Ma conviction profonde est qu'au-delà du jugement des hommes, Dieu tranchera définitivement… ». Dans l'attente de ce jugement, cette sentence venue d'Amath Dansokho, doit faire réfléchir plus d'un : «Vous savez comment l'affaire Me Sèye est arrivée. Moi je suis certain que ce n'est pas Me Wade qui a commandité le meurtre de Me Sèye. Il n'a pas demandé qu'on le tue…». Pape Sadio THIAM Mercredi 7 Avril 2010
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