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« Amara doit avoir le courage de passer la main »Lamine Gadiaga met les pieds dans le platC’est un entraîneur de football dépité par l’élimination prématurée des Lions à la Can qu’on a trouvé chez lui en train de regarder la rencontre de la poule B. Pour lui, erreur ne pouvait être aussi grotesque que d’accepter de mettre Amara Traoré à la tête de la Tanière. Cependant, suite à cet échec, il implore les autorités de prendre les décisions idoines pour que notre football ne sombre. Il a exhorté Amara Traoré à avoir le courage de passer la main à quelqu’un d’autre. Entretien.
Quelle appréciation faites-vous de l’élimination des Lions ?
C’est un gâchis énorme (il se répète) vu que depuis très longtemps on n’avait pas vu une équipe sénégalaise jouer aussi mal et être aussi décevante dans sa prestation. La contradiction c’est que les éléments sont bons mais c’est la prestation qui est à déplorer. Il ne faut pas se voiler la face, c’est la faute du staff technique et principalement de l’entraîneur. La grande question est de savoir par quels raccourcis - puisqu’il aime les raccourcis - Amara est-il devenu entraîneur de cette équipe nationale ? A mon avis, une équipe nationale c’est le sommet de la pyramide, il faut avoir du métier pour pouvoir la gérer. Que je sache, Amara Traoré a fait deux ans de banc de touche à la Linguère ; et, comme par hasard, il est arrivé au sommet de notre football. Je fais partie des gens qui n’ont pas été surpris par la prestation de cette équipe. Parce que depuis le match contre le Cameroun, j’ai alerté les gens par le biais de votre journal, ainsi que les radios… disant que le Sénégal ne jouait pas sur sa véritable valeur car il n’y avait de structure de jeu, de circuit de jeu, de complémentarité des joueurs et que cela ne pouvait donner autre chose. C’est dommage, c’est un grand gâchis. A la limite, c’est une honte. Il y a de grandes dates de déception dans le football sénégalais. En 1965 déjà, en Coupe d’Afrique, nous avons été déçus, frustrés, parce que nous devions jouer une finale et, trois heures avant le coup d’envoi, on est venu nous dire que par un ‘’truc’’ géométrique, le Sénégal n’ira pas jouer la finale contre le Ghana à Tunis. En 1968, nous étions à deux minutes d’une finale continentale, à cause d’une glissade d’un joueur nous avons été battus : déception. En 1986, la même chose. Mais malgré toutes ces grandes dates de déception, il y avait eu une prestation honorable des équipes. Mais avec Amara il n’y a pas eu de prestation. Sur le second match, car sur le premier match ce fut un non match, les joueurs n’ont joué que sur leur mental. Il y a eu beaucoup de déchets dans leur jeu. Les garçons ont joué sur leur valeur réelle. Il y a eu des incohérences encore une fois dans le remplacement. A un moment donné, on nous sort Issiar qui était le seul gars dangereux dans cette équipe, je me demande encore pourquoi on l’a fait sortir, puis Diamé, pour nous amener un attaquant. C’est encore la mentalité d’Amara qui croit que c’est la juxtaposition des valeurs qui fait une équipe. Ce qui est absurde. Maintenant le problème qui se pose est de voir comment Amara et par quel lobby est-il arrivé à prendre les rênes de l’équipe nationale. Ce n’est pas tirer sur une ambulance que de dire tout cela mais il faudrait, à tête reposée, qu’on nous dise ou on veut aller avec ce groupe talentueux. Faut-il le laisser entre les mains inexpertes d’Amara Traoré ? La Guinée équatoriale qui nous a éliminés, avait changé d’entraineur à deux mois des échéances de la Can. Amara doit avoir le courage de passer la main. Avant la compétition, l’Etat lui a donné tout ce qu’il avait demandé : son salaire, le standing de l’équipe… Le groupe a été choyé par Me Wade, au finish il n’y a pas de résultat. En haute comme en petite compétition, s’il n’y a pas de résultats, on doit passer la main. Il ne faudrait pas qu’il attende qu’on le démette. C’est un problème d’argent qu’il va poser. Je suis scandalisé, vraiment scandalisé, quand il dit qu’il n’y a pas d’échec. S’il n’y a pas échec avec ce parcours, alors quand est-ce qu’on pourra parler d’échec ? Les gens doivent être lucides, bien analyser la situation et surtout ne pas jeter l’anathème sur les joueurs. Ils ont fait ce qu’ils ont pu, mais on ne les a pas aidés à faire de bonnes prestations. Pensez-vous donc qu’Amara Traoré n’est pas à la hauteur pour diriger cette équipe ? Depuis le début, j’étais surpris de le voir à la tête de cette équipe et comme adjoint Abdoulaye Sarr qui a été son patron. Il y a eu magouille, c’est cela la vérité. Amara n’a pas sa place dans cette équipe. Dans n’importe quel pays du monde, on verra quelqu’un à la tête d’une équipe nationale avec deux ans de banc de touche. A part les clubs, il y a les sélections nationales. Amara n’a pas fait ces classes. Qu’on ne vienne surtout pas me dire qu’il a joué en équipe pro. De quelle équipe pro veut-on parler ? Gueugnon, Metz ? On connaît le contenu de ce qui se passe à Clairefontaine pour les Africains. Quelle que soit l’école dont tu peux sortir, si tu n’as pas des années de banc de touche, tu ne pourras rien régler. Alors Amara n’a pas sa place dans une équipe nationale, je ne parle même de l’équipe A. dans ce staff technique je ne vois que Ferdinand Coly, qui est très clair dans ce qu’il dit et fait. Il faut chercher d’autres gens. Qu’ils soient sénégalais, chinois, américain, ce n’est cela le débat. Il faudrait qu’on trouve à ces joueurs un leader, un entraîneur de football qui puisse les amener au sommet du football africain, le plus tôt possible. Donc, Elhadj Diouf a eu raison sur Amara quand il lui disait que l’équipe jouait sans âme ? C’est vérifié, l’équipe n’a pas d’âme. El hadj par son vécu l’a senti. Quoi qu’on dise El Hadj Diouf n’est pas le premier venu dans notre football. Il a vécu avec Amara et il sait qu’il ne peut honnêtement pas amener l’équipe nulle part. Cette équipe n’a pas d’âme, de projet encore moins de circuit de jeu. Le rôle de l’entraineur ce n’est pas d’amener les gens à la mosquée, c’est de proposer des projets de jeu pour aller vers la performance. Ce n’est pas autre chose que cela. Il n suffit pas d’aller chercher un gars car il est à New Castle, Rennes… pour pouvoir réunir une équipe. Les Zambiens et les Equato-guinéens, on ne sait pas où ils jouent et pourtant ce sont des équipes de football. Le football est un collectif ce n’est pas comme le tennis. Il est produit par onze gars qui se complètent. Qui est qui a manqué à cette équipe selon vous ? C’est la structure de jeu. Il faudrait que l’entraîneur dise que dés le début son équipe va jouer de telle manière. Tu es le sélectionneur tu fais une ossature, un squelette. Après, tu as un sérail de joueurs sénégalais éparpillés partout à travers le monde et tu as le temps de choisir parmi ceux-ci 23 qui peuvent faire ton affaire. A mon avis, on a mis la charrue avant les bœufs. A voir ces gens, on a l’impression que c’est une équipe de Navétanes qui joue. Pour anecdote, contre le Kenya l’équipe est bloquée pendant une mi-temps, on nous amène Souleymane Camara qui a débloqué le jeu avec Mouhamed Diamé en deuxième mi-temps. On a eu le même problème contre la Zambie et en seconde mi-temps avec les Equato-Guinéens. Dame Ndoye perd du temps à se retourner sur le côté gauche, Demba Bâ qui est bon dans les airs, n’a pas bénéficié de centre sauf parfois du côté d’Issiar Dia… il y a beaucoup d’incohérence. On n’était dangereux que sur un côté et par accrocs. Je me demande quelle a été la préparation psychologique d’avant match. J’ai l’impression qu’on a tellement gonflé les gamins qu’ils sont venus en première mi-temps et ont tout donné. Ils n’ont pas équilibré leurs efforts. Une équipe de football, tu marques un but à deux minutes de la fin ou à trois minutes de la fin, tu gagnes le match. Donc, il fallait planifier les efforts des garçons. Amara peut-il donner ce message ? J’en doute d’autant qu’il n’a pas ce vécu. Il a joué au football, point barre. Il a gagné une coupe ou un championnat sénégalais au rabais. Amara n’est pas l’homme qu’il faut à cette place. Nous parlons pour le peuple et le football sénégalais et nous en avons le droit car ayant été acteur de ce football. Il doit rendre le tablier ou bien on doit le démettre. N’y a-t-il pas lieu d’avoir peur pour le futur du football sénégalais avec cette élimination, d’autant que le Sénégal était le favori de la poule? On ne peut pas faire pire que ce que l’on a fait avant hier. On ne peut que repartir. Le Sénégal favori dans sa pole ne l’était que sur le papier. Dire que le Sénégal a un meilleur football que la Zambie, c’est méconnaître le football africain. Quand je vois cette équipe jouer, avec sa façon de jouer, elle me rappelle l’autre équipe zambienne d’il y a dix ans, qui a joué sur le même principe. Cela veut dire qu’ils ont une philosophie de jeu qui leur appartient, avec des déplacements rapides, attaques placées, accélération sur les flancs et renversements de jeu. Ils le font depuis trente ans, c’est leur identité. Quant à la Guinée équatoriale, il faut dire que le Sénégal n’a jamais gagné devant l’équipe qui, organise la compétition sauf Caire 86. L’équipe qui organisait était un adversaire à prendre au sérieux. On a manqué d’humilité c’est ce que je reproche aux footballeurs. Cela s’explique par le fait que la plupart de nos joueurs ont grandi en occident. La valeur réelle des adversaires du Sénégal était méconnue par nos joueurs. C’était le rôle de l’entraineur et de son staff de leur faire connaître cela. Abdoulaye Sarr a fait 12 ou 14 ans en équipe nationale. Il n’a pas joué le rôle qu’il devait jouer. Comment se fait-il que l’équipe olympique, coachée par Abdoulaye Sarr joue d’une manière autre que celle A ? Soit Il n’est pas écouté par Amara ou il ne lui dit pas tout. Il faudrait qu’ils nous éclaircissent tout cela. On n’a pas de temps à perdre. Les échéances c’est pour le mois de février, il ne faudrait pas qu’on s’accroche à ces échéances et c’est cela le piège pour laisser encore Amara à la tête du pays. Son discours ne portera plus auprès des joueurs, ni auprès du public. Et si on persiste, le public pourrait se détacher de l’équipe. Mais il a un contrat de trois ans ? Il l’a fait exprès. Il a piégé tout le monde. Il a fait de sorte que son premier contrat se termine avant l’échéance pour la Can. C’est tout simplement un problème d’argent. Si Amara reste encore à la tête de cette équipe je suis convaincu qu’on n’ira nulle part. On peut peut-être se qualifier pour l’Afrique du Sud mais on n’y fera pas de prestation normale. Les équipes qui n’étaient pas à la Can comme le Nigeria, le Cameroun… sont en train de se préparer. Le Sénégal est à quelle étape. Nous n’avons même pas démarré notre projet de jeu. Je ne parle pas de beauté de jeu. Amara ne comprend pas que ce que je veux dire, c’est la cohérence dans le jeu. Nous sommes la seule équipe qui n’a pas de projet de jeu alors que nous avons l’un des meilleurs groupes. Propos recueillis par Thierno Assane Bâ Vendredi 27 Janvier 2012
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