La première observation relevée à la suite des mouvements d’humeur des syndicalistes de la santé, est qu’ils sont passés à côté de leur serment d’Hippocrate. Ce que les internes des hôpitaux ont certainement oublié, c’est qu’avant 2000, très nombreux étaient les bacheliers orientés en Faculté de médecine, qui demandaient systématiquement une réorientation. Les raisons alors évoquées par ces derniers étaient ainsi résumées : « Il y a plusieurs promotions de médecins qui sont au chômage, en dépit de l’engagement tri quinquennal qu’ils avaient déjà signé dans leurs dossier d’orientation. En plus, la médecine ne nourrit pas son homme, au Sénégal… ». Les rares jeunes médecins qui parvenaient à décrocher un petit contrat, ne percevaient pas plus de 100 000 francs Cfa. Le président Wade a totalement inversé cette tendance. Et aujourd’hui, la fonction de médecin est, comme par un coup de baguette magique, devenue attrayante. Des recrutements sont annoncés. Nombre de bacheliers des séries scientifiques veulent embrasser une carrière médicale. Une deuxième faculté est même ouverte à l’université de Thiès. C’est ainsi que l’engouement envers les études médicales s’est ravivé, grâce à la politique de santé définie par Me Wade. Qui, il faut souvent le rappeler, est devenu président dans un pays où, pratiquement, tous les secteurs sociaux étaient en lambeaux, du fait de l’application d’une mauvaise politique. C’est donc dire que dans un contexte où tous les secteurs sociaux sont éligibles au rang de priorité, les syndicalistes devraient plutôt faire preuve de souplesse mais aussi de modération, dans la formulation de leurs revendications. Les syndicats, c’est connu, constituent des melting-pots dans lesquels officient des responsables de partis politiques de l’opposition, qui jouent facilement aux pyromanes. C’est dans ce registre qu’il faut particulièrement inscrire la provocation des internes grévistes.
Ceux-ci avaient fermé le portail de l’hôpital Aristide Le Dantec, empêchant ainsi, du coup, les malades d’aller se faire soigner ailleurs, vu l’urgence de leur état de santé. Devant cette situation qui a vu la force publique intervenir, d’aucuns ont vite fait de crier au scandale, mais c’est à tort. Car, dans le cas d’espèce, le fauteur de troubles reste incontestablement le corps médical qui est allé en grève, mettant ainsi sous le boisseau la responsabilité éthique qui doit lui servir de bréviaire. Cette notion avait été développée à l’occasion de la rentrée solennelle des cours et tribunaux de janvier 2009, par le magistrat Waly Faye. Celui-ci tirait la sonnette d’alarme en ces termes : « la responsabilité éthique interdit au personnel de santé de refuser de porter assistance à un malade… »
Méditez ces propos, syndicalistes du secteur de la santé.
Moustapha SYLLA